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FOURRE Jacqueline - Témoignage pour La vie dans les camps (Châteaubriant)


Mon évasion du camp de La Lande le 6 Juin 1943 par Jacqueline FOURRE.


Je me suis évadée de ce camp de concentration français situé à MONTS (Indre et Loire) avec l’aide extérieure d’un ami de ma famille M. André FAUCHEUX, prisonnier de guerre évadé d’un camp en Allemagne.

Cet ami fut dans la Résistance le « Capitaine VICTOR », sous les ordres du Commandant BOURGOIN, chef de bataillon FFI de la 5ème région militaire de Blois. André FAUCHEUX est décédé en 1967.

Il avait réussi à me rendre visite quelques jours avant mon évasion, évasion que nous avons organisée ensemble.

Je suis sortie de ma baraque par la porte, après l’appel du soir, quand les internées furent endormies. Sauf Odette et Paulette, qui dormaient près de moi (nous avions rapproché nos lits pour avoir plus chaud pendant l’hiver).

Ce sont elles qui, après mon départ, installèrent entre elles deux un polochon et autres artifices pour représenter la forme de mon corps. Si bien que les gendarmes à l’appel du matin du 7 Juin 1943 ne s’aperçurent pas de mon absence. En effet, le matin, ils nous comptaient dans le lit sans nous réveiller, alors que pour l’appel du soir, il fallait se tenir debout près du lit et répondre à son nom.

Le 7 Juin au soir, j’étais déjà loin...

Dès la sortie de la baraque, j’ai d’abord traversé par en dessous des barbelés faciles qui nous séparaient d’un petit camp constitué d’une seule baraque dite « des prostituées ».

Puis je suis arrivée aux barbelés beaucoup plus compliqués.

J’ai oublié de dire que lors de la dernière visite de ma mère, celle-ci m’avait apporté un gâteau préparé par une amie, dans lequel elle avait placé une pince coupante. Bien entendu, maman n’était pas au courant. Elle aurait eu bien trop peur pour moi !

Quand je suis arrivée près de ces vrais barbelés, tressés en deux rangs séparés de 1m50 à 2m l’un de l’autre, avec au milieu, d’autres, entremêlés en rouleaux, il y avait du « boulot ».

De plus, ma tenaille coupante ne servit à rien, elle ne réussit pas à couper les fils de fer qui avec le temps, s’étaient enfoncés dans le sol et mélangés à l’herbe.

Je réussis quand même à m’en sortir avec beaucoup de mal. J’avoue que j’ai failli abandonner, démoralisée, pensant que je ne m’en sortirais pas. Pourtant je réagis, mais je passais beaucoup plus de temps que prévu, me glissant par terre sur le dos, le ventre en l’air, en faisant attention de ne pas me griffer. J’arrachais néanmoins une partie de ma veste devant la poitrine, que je cachais ensuite avec un foulard que j’avais dans ma poche.

Enfin, après de gros efforts, je réussis mon passage. Mais le plus dur restait à faire.

Il me fallait traverser la route éclairée où deux sentinelles, gendarmes français, faisaient le gué.
Je me déchaussais et pris mes chaussures à la main pour éviter le bruit sur le bitume.

Les sentinelles faisaient leur ronde d’abord face à face, ensuite dos à dos sur une longueur d’environ 10 à 15 mètres.

J’ai attendu qu’ils soient dos à dos pour traverser la route en courant.

De l’autre côté, il y avait les baraques des gendarmes, des cuisines etc....qui n’étaient pas entourés de barbelés. Mais il y avait les chiens qui, eux, m’avaient entendue et se mirent à aboyer en se dirigeant vers moi. Il y avait un poteau électrique allumé, son ombre me permit de m’y abriter en m’allongeant dans celle-ci. Les chiens, qui n’étaient pas des chiens de SS, étaient de braves toutous que je pus caresser et qui cessèrent d’aboyer.

J’attendis quelques minutes et je pus repartir, les sentinelles n’ayant pas réagi. Ils avaient simplement demandé aux chiens de se taire.

Je marchais donc tout doucement en me baissant le plus possible sans faire de bruit, pour m’éloigner du camp. Enfin, hors de portée du camp, je repris une marche normale, en douceur, sur le côté droit de la route, après un virage, mais avec beaucoup d’attention.

André FAUCHEUX m’attendait, caché dans le fossé, un peu plus loin, très heureux de me voir arriver, le bruit des chiens l’avait alerté et mes péripéties avaient entrainé du retard.

Nous sommes restés dans ce fossé jusqu’à la fin du couvre-feu, pour prendre ensuite la direction de la gare de Montbazon.

J’accédais à la gare par le passage à niveau au moment où le train de voyageurs arrivait. Je montais avec l’aide d’un cheminot, dans le dernier wagon, celui des marchandises. Ce transport avait été organisé par André FAUCHEUX et les résistants du RAIL, André étant lui-même cheminot.

La descente se fit dans un petit village, peu avant Châteauroux. Deux résistants nous attendaient avec chacun un vélo. Nous pouvions ainsi gagner Châteauroux par les petites routes.

Après quelques jours au vert dans une ferme pour me requinquer, où je fus gâtée, je pouvais reprendre le combat dans la Résistance, comme agent de liaison, dans différentes régions et organisations dans la Nièvre, dont le Front National de lutte pour la liberté et l’indépendance, puis dans les F.T.P.F de la Région Parisienne, près du C.N.R avec Auguste GILLOT, et également sous les ordres du Colonel ROL.TANGUY, jusqu’à la Libération de Paris.


 
 
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