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DUBRAY Viviane


Viviane DUBRAY qui a assisté et rendu-compte à ses camarades de baraque du départ des otages le 22 octobre 1941, a écrit le poème ci-dessous dès le lendemain.


CHATEAUBRIANT...

CHATEAUBRIANT,CHOISEL, carrière sanglante
O mots qui font frémir prononcés à voix lente
Pour qu’ils soient à jamais incrustés dans nos cœurs
Symbole d’héroïsme et vision d’horreur !

Au seuil de la baraque, immobile et tremblante
La conscience troublée de me voir impuissante
Je vois Gardes Français et soldats allemands
Mitrailleuse braquée, mettre le siège au camp

Dans le silence alors s’avancent les otages
Ils saluent poings levés en nous criant : Courage !
Simples, calmes, fiers, sublimes et si beaux
Qu’ils semblent les vainqueurs de leurs tristes bourreaux

Qu’ils soient jeunes ou vieux, tous ont la même flamme
J’entends GRANET nous dire « embrasse bien ma femme »
Et le cœur bondissant, je réponds au salut
De pleurs mes yeux voilés, qu’en bloc ne les voient plus

Ordre est donné « chacun dans sa baraque ». Muettes,
Pâles, désemparés, aux crânes des tempêtes,
Nous guettons faits et bruits, que font-ils enfermés
Dans la baraque 6, nos amis condamnés ?

Des camions, des soldats, des moteurs grincent, grondent,
Je risque un œil, je vois TIMBAUD, TENINE ; ils montent
Dans le triste fourgon, mains liées mais leurs voix
Libres, frappent près d’eux tous les chiens aux abois

Soudain « LA MARSEILLAISE » et « L’INTERNATIONALE ».
Ils nous chantent leur foi, c’est leur lutte finale.
Le camp répond - le chant vole, s’enfle, grandit...
Ils partent... les rumeurs s’estompent, c’est fini...

Vite on se rue dehors, on pleure, on chante, on crie...
Ils en ont pris 27... et comble d’infamie
L’un de 17 ans à peine, et trois moins de 20 ans
Têtes dignes d’un tueur et non d’un conquérant.

En ordre rassemblés, nous leur crions VENGEANCE.
C’est l’heure !... Ils vont mourir.
Recueillons-nous...Silence
Ils sont tombés chantant - dans leur dernier sommeil
Sans bandeaux, regards fiers - irradiés de soleil.

Peuples de tes combats, ce sont de lourdes pages
Le temps n’oubliera pas ces grands et fiers visages
Que les balles d’Hitler ont fait muets et glacés
Par leur vie, par leur mort, nos devoirs sont tracés

Vous, complices, tremblez, la douleur est féconde
France en tes flancs meurtris, tressaille un nouveau monde
L’étoile soviétique illustre le ciel noir
De l’homme en désarroi, lumineux espoir.

France, raison, clarté guide une fois encore
Abats l’esprit obscur, tourne-toi vers l’Aurore
Pour que la terre un jour dans ses enfantements
A des millions de morts ne demande le sang


VIVIANE DUBRAY-SNOEC (écrit le 1er/11/1941)
(Son fils a été fusillé au bois de Boulogne)


 
 
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