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Châteaubriant


Le camp se compose de 30 baraques placées parallèlement et dont l’ensemble forme un carré.
_L’espace est divisé en 4 îlots : P1, P2, P3 et P4.

Le P1 pour les hommes internés politiques arrivés en mai 1941.
Le P2 pour les hommes arrivés en septembre ainsi que les femmes internées administratives qui arrivent de la prison de la Roquette et les internés espagnols.
Le P3 est réservé aux internés Droit commun.
Le P4 est séparé, on y trouve, entre autre, la baraque 19, qui servira par la suite pour placer en quarantaine les internés considérés comme otages.


Les autorités civiles lorsque le camp de Choisel devint camp de détenus politiques sont :
- Monsieur NOEL, maire, après la démission de Monsieur Bréant, avec une partie du Conseil municipal remis en place.
- Monsieur LECORNU, sous-préfet de Saint-Nazaire et préfet de la Corrèze.
- Le lieutenant de gendarmerie TOUYA qui joua aisément de la mitrailleuse et du révolver pour terroriser.

Fernand GRENIER, dans son livre « C’était ainsi [1] » raconte l’installation des internés après Fontevrault et Clairvaux (mai 1941) :

« Au début de la guerre, l’autorité militaire avait réquisitionné une ferme et ses dépendances pour y installer un camp éventuel des prisonniers allemands. Le camp allait servir, pendant l’occupation, à l’internement des français.

Quand nous y arrivons, ce matin de mai 1941, encadrés de gendarmes, l’impression est plutôt favorable. Fini, le gris, le terne, le sinistre climat des centrales avec leurs salles austères. le silence pesant. Ici, ce sont des baraquements de bois installés dans une prairie verdoyante, avec tout autour des pommiers en fleurs ; par delà les hauts réseaux de fils de fer barbelé, on voit le vert des arbres, on aperçoit des gens sur la route, la vaste ligne d’horizon qui nous a manquée sept mois durant à Fontevrault et à Clairvaux.

D’autres internés sont arrivés quelques semaines auparavant, que nous avions laissés au camp d’Aincourt en décembre. Ils nous mettent immédiatement au courant. A Châteaubriant existent en réalité trois sections’ distinctes, séparées les unes des autres, trois camps tout à fait différents.

Dans l’un, de nombreuses familles de romanichels, avec des ribambelles d’enfants, ramassées sur toutes les routes de la Loire-Inférieure et des départements voisins. Ils vivent dans l’oisiveté totale, un manque absolu d’hygiène, une nourriture réduite au minimum.

Plus loin, dans un camp particulier, la pègre : souteneurs et trafiquants du marché noir. Ils sont gras à lard, ne manquent de rien grâce aux colis de leurs « protégées », passent la journée à jouer aux cartes pour de l’argent, se disputent, crient ou font les paons, bien lustrés, de grosses bagues aux doigts, imbus de leur importance.

Nous formons le troisième groupe de loin le plus nombreux et à qui la plus grande partie des baraquements a été affectée.

Le camp ne fonctionne que depuis peu et le commandant, un capitaine de la coloniale est débordé. II dispose d’assez de gendarmes pour assurer les gardes, les rondes, la surveillance. Par contre, l’ensemble du personnel civil qui lui est dévolu pour assurer les services intérieurs ne dépasse pas dix personnes ; force lui est de faire appel aux internés eux-mêmes pour suppléer à l’insuffisance de ses effectifs.
Vous désignerez, dit-il dès l’abord, un responsable par baraque
Notre interlocuteur propose que chaque matin ait lieu une réunion de tous les responsables pour lui faire part de nos réclamations. Il demande si nous serions capables d’organiser nous-mêmes la cuisine, les réfectoires, la buanderie. Devant notre réponse affirmative :

Bien ; je vous remets en bloc vos rations, vous faites la cuisine et vous la distribuez vous-mêmes. Et le tout sera à l’avenant...

Rapidement l’organisation est au point Dans chaque baraque, on a désigné le tour de rôle des « hommes de corvée » : ceux qui aident les cuisiniers, lavent la vaisselle, font régner la plus stricte propreté. Chaque interné a exposé ce qu’il désire et l’aide qu’il peut apporter à notre collectivité. Ainsi mis au courant des doléances comme des possibilités de chacun, le « Comité de direction » (une dizaine de camarades) a été à même de dresser l’inventaire des besoins et des ressources. Coordonnant l’activité de ce vaste ensemble, il est cependant impossible au Comité d’entrer dans les détails. Ceux-ci sont examinés, discutés, mis au point par des groupes de camarades s’occupant spécialement de telle ou telle question : éducation politique et culture générale (l’organisation des cours et des conférences), santé (visites, soins, organisation de l’infirmerie), sports (séances matinales de culture physique, formation d’équipes), ravitaillement (menus quotidiens, organisation de la cantine), loisirs (organisation de fêtes, création d’une société de « bigophones », d’une chorale), etc.

Nous savons que par delà ces barbelés, la lutte contre l’occupant devient de plus en plus dure. C’est pourquoi, tout en organisant au mieux la vie au camp, le « Comité de direction » se préoccupe, une fois assurés les liens avec l’extérieur, de les utiliser pour organiser l’évasion du maximum de camarades. En centrale, c’était très difficile. Ici, malgré les barbelés, les gendarmes, les rondes, la défense de circuler la nuit tombée, il existe des possibilités que nous ne retrouverons sans doute jamais.

En effet, nous avons pris de plus en plus d’importance dans tous les rouages de direction du camp. Le commandant, faute de personnel, a été contraint de laisser assurer par nous-mêmes nombre de services. En les étudiant les uns après les autres et dans les plus petits détails, nous découvrons les moyens pratiques qui vont nous permettre de prendre « la clé des champs ».

Fernand GRENIER précise dans son livre « ceux de Châteaubriant [2] » :

« Dans chaque baraque, on a désigné le tour de rôle des « hommes de corvée » : ceux qui aident les cuisiniers, lavent la vaisselle, font régner la propreté. Chaque interné a exposé ce qu’il désire et l’aide qu’il peut apporter à notre collectivité.

Il n’y a que des travailleurs parmi nous, membres du Parti ou sympathisants - Chacun mis à sa place, tous les rouages vont très vite tourner sans à-coups. Chacun y met du sien. Par exemple, les rations allouées sont maigres, mais nos cuisiniers en sortent des repas bien préparés et bien présentés. Les baraques sont aussi propres que le permettent les minables balais dont nous disposons. Les allées sont ratissées, les mauvaises herbes brûlées, les détritus enterrés, les trous comblés. Une équipe de jardiniers retourne la terre libre entre les baraques et quelques semaines plus tard, des parterres de fleurs égaieront le quartier politique qui devient rapidement une ruche bourdonnante de vie, une véritable université.

Nous avons un cours de langue française du premier degré pour ceux qui n’ont pu s’instruire dans leur enfance ; une classe de perfectionnement pour ceux qui veulent développer leurs connaissances ; des cours de géométrie, d’algèbre, de sténo. Les amateurs de langues étrangères ont le choix entre l’étude de l’anglais, de l’allemand, de l’espagnol et même du russe [3]. Pour les mélomanes, il y a le solfège et deux chorales, dont l’une composée uniquement de Bretons chantant de vieilles mélodies dans la langue du pays.

Sous la direction d’Auguste DELAUNE , les jeunes aménagent, en un temps record, une piste avec terrain de volley-ball.

Par un appel à l’extérieur pour obtenir des livres, nous sommes rapidement en possession d’une bibliothèque importante et variée.

Ainsi, tout fonctionne comme un bon mécanisme d’horlogerie, grâce à l’esprit de solidarité qui nous anime. Grâce aussi au « Comité de direction ». Les occupants de chaque baraque ont désigné leur homme de confiance et l’ensemble de ces délégués forme le Comité. C’est lui qui discute de toutes les questions concernant l’organisation de la vie matérielle, de l’activité politique et culturelle. Il reçoit des délégués les suggestions de leurs camarades de baraque. Il est habilité à trancher des conflits qui pourraient surgir entre internés et qui seront d’ailleurs rares. Cette organisation se révélera souple, efficace, aux décisions rapides prises toujours après discussion collective et confrontation franche des points de vue.

Nous sommes autorisés à venir écouter, près du corps de garde, la radio qui y est installée, le capitaine LECLERC espérant sans doute que les porte-parole de l’ennemi seront susceptibles d’influencer les gendarmes et certains des nôtres. Ainsi le 10 juin, l’amiral DARLAN s’adresse au pays. Un passage de son allocution est consacré aux communistes. Ils sont internés, dit-il, en tant qu’ « agents stipendiés de l’Angleterre pour mener une propagande antinationale ». Un immense éclat de rire lui répond. « Cause toujours, dit quelqu’un : avant guerre « l’or de Moscou », pendant la drôle de guerre « l’or allemand » et maintenant « l’or anglais ». Si nous ne sommes pas encore millionnaires, ça ne va pas traîner... »

L’installation d’un poste de radio dans le camp

Le 22 juin 1941, les internés apprennent par la radio du corps de garde que les armées hitlériennes ont attaqué l’Union Soviétique. Il faut donc à tout prix ne pas perdre contact avec l’extérieur, l’idée d’installer un poste clandestin dans le camp se fait jour. L’opération va pleinement réussir.

La femme d’un interné de Paris apporte l’appareil. Elle l’a dissimulé dans un volumineux paquet duquel émergent un pain et le goulot d’un litre de vin. Elle demande l’autorisation d’embrasser son mari et on lui accorde d’entrer dans le camp, à quelques mètres du corps de garde. Pendant qu’un camarade parle au gendarme, le colis passe des mains de la femme dans celles de son mari et derrière lui, un troisième interné, allongé sur l’herbe, s’arrange pour dissimuler le paquet.

Le poste est aussitôt aménagé dans une niche aménagée dans le sol cimenté du lavoir ; une dalle étanche également en ciment le recouvre et une prise de courant est installée dans la baraque 5.
Chaque jour, le même scénario se reproduira : pour sortir le poste, deux camarades porteurs d’une lessiveuse vont le chercher à l’heure de la soupe du midi ; ils le recouvrent de linge et l’amènent à la baraque 5. Pendant l’écoute, une stricte surveillance est organisée. Des notes sont prises, puis le retour à la cachette s’effectue comme à l’aller [4].

Louis DUBOIS, interné, précise :

« Dans les camps, on ne restait pas statique. On ne s’occupait pas seulement de théâtre ou d’aller prendre des cours de français, d’algèbre ou d’anglais. On prenait aussi des cours militaires pour savoir se servir d’une boussole par exemple Auguste DELAUNE avait tracé une piste pour s’entraîner physiquement pour que nous puissions nous évader dans les meilleures conditions possibles pour rejoindre la Résistance, pas pour rentrer chez nous ».

L’arrivée des femmes au camp

Parmi les camps ouverts en France dès 1939, très peu étaient conçus pour recevoir les femmes internées politiques. Le camp de Châteaubriant fut presque une exception.

En juillet 1941, après le départ des nomades à Moisdon-la-Rivière, 10 femmes, internées politiques, principalement des bretonnes, y furent admises. Plusieurs avaient déjà leur mari au camp, une autre son frère.

Au lieu de les loger au camp P1 où tous les politiques se trouvaient, l’administration du camp trouva normal de les mettre au camp P3, réservé aux souteneurs et droit commun.

Après maintes réclamations auprès de la direction, celle-ci consentit à les installer au camp P1, baraque 2.
Dès le 9 septembre 1941, on parle avec insistance de l’arrivée de 46 femmes internées politiques venant de la prison de la Roquette et 87 hommes venant de la prison de la Santé.

Une lettre parvenue au camp indique que le bruit de ce déplacement court aussi à Paris. Le 13 septembre, on attend pour les jours suivants les arrivées. Les femmes seront-elles dans les convois ?

Les nouveaux arrivants seront installés dans les baraques du camp P2, séparé du camp P1 pour les femmes par une barrière.

La baraque assignée aux femmes est infecte. Pour qu’elle soit habitable, les internés volontaires, pendant quatre jours, vont la nettoyer de fond en comble. Des lavabos sont installés, des caisses avec des matelas en papier froissé serviront de lits.

Quatre grandes tables et huit bancs neufs sont amenés. Les internés poussèrent le raffinement en mettant sur les tables, dans des boites de conserve, des petites fleurs ramassées autour des baraques.

L’annonce de l’arrivée des femmes a provoqué un certain émoi parmi les internés du P1. Leurs voix se répercutaient de loin, et à l’entrée « Un salut les copains » entendu par eux, les rassura sur leur moral.

Par les lettres reçues de leurs proches, certains internés savaient déjà les noms des camarades qu’ils allaient retrouver, des femmes avec qui ils avaient milité dans leur commune ou dans leur fédération.

Après une nuit difficile pour les femmes due aux matelas de papier, hommes et femmes se sont retrouvés le matin de chaque côté de la barrière séparant les deux camps. Retrouvailles poignantes des frères et sœurs de combat.

Un camarade a noté le changement constaté dans le camp après l’arrivée de ces femmes, et de ces jeunes filles, arrêtées comme agents de liaison, pour distribution de tracts et participation à des manifestations interdites, ou simplement comme compagnes actives de militants engagés dans la résistance.

Les hommes découvrent combien ces femmes courageuses, gaies, hardies, mettent de l’entrain dans leurs moindres gestes.

Un certain changement chez les internés se fait jour. Ceux qui se négligeaient un peu se rasent, se font couper les cheveux, participent davantage à la vie du camp. Ils veulent montrer aux femmes que leur moral est aussi bon que le leur.

Dans la matinée suivant leur arrivée, après le bon accueil des hommes, les internées ne pourront échapper au rassemblement prévu par TOUYA, lieutenant de gendarmerie accompagné de son chien et avec sa badine dit :

« Aucun manquement à la discipline ne sera toléré. Je connais mon métier, j’ai surveillé le camp de Gurs et j’ai la désagréable habitude de tirer dans les baraques quand j’entends du bruit. »

Les femmes ne veulent pas s’en laisser conter. Un cahier de doléances est immédiatement établi pour obtenir :

- du désinfectant
- des sacs de couchage convenables
- et des TOILETTES inexistantes.

Personne ne s’était aperçu qu’elles manquaient. La liaison avec le camp P1 des hommes se faisait par l’infirmerie commune. Les nouvelles captées par le poste clandestin se transmettaient de vive voix.

Jean-Pierre TIMBAUD, responsable de l’organisation du camp, s’est beaucoup investi pour apporter ce dont elles avaient besoin.

Comme les hommes, les femmes se sont intégrées tout de suite dans la vie du camp. Elles ont aussi développé leurs propres activités et participé également aux manifestations sportives.

Le respect, la camaraderie et la solidarité entre les camps P1 et P2 sont restés exemplaires durant tout leur séjour à Châteaubriant.

Les évasions

Dès leur arrivée au camp de Choisel, des dispositions sont prises, venant de la direction du parti communiste clandestin à Paris pour aider aux évasions.

Chaque fois que des internés, chargés de corvées à l’extérieur du camp sortent, ils prennent contact avec les habitants qui, nombreux, n’acceptent que les échos des radios de Londres et Moscou, ainsi que l’activité de la résistance extérieure soient connus des internés.

Un contact permanent va se créer avec les commerçants. La librairie Hachette est tenue par mesdames Jeannette CHAPRON et Marguerite MARCHAND. Ce sont elles qui passaient le courrier dans le camp.

Initialement 11 internés devaient partir, huit réussirent leur évasion, les trois autres furent fusillés le 22 octobre 1941.

Chaque évasion a son côté pittoresque. Pour préparer ces départs, Venise GOSNAT (maire adjoint d’Ivry depuis 30 ans) et Simone MILLOT (femme du responsable communiste de la Loire inférieure) se mettent en rapport avec Marcel VIAUD (instituteur à Châteaubriant) et PUYBOUFFAT (dentiste) qui travaillait chez M. BERNOU à Châteaubriant. Marcel Viaud prend contact à son tour avec Paul BAROUX et Jules AUFFRET internés du camp, lorsqu’ils sortent en ville pour des corvées.

Le 18 juin 1941, Fernand GRENIER et Henri RAYNAUD peuvent partir.

Dans son livre « C’était ainsi » Fernand GRENIER raconte :

« Mercredi 18 juin, 11 heures du matin. Derrière la cantine, BELBILLOUD charge des cageots de bouteilles vides. Nous avons décidé qu’Henri RAYNAUD, de petite taille et alors très maigre - la peau, sur les os - se placerait dans le fond de la voiture... A cette heure, chacun vaque à ses occupations quotidiennes et personne ne s’aperçoit de l’opération. Je serre fortement la main à MICHELS : « Bonne chance, mon pote ! » (ce seront les derniers mots que j’aurai entendus de ce frère) Nous avons tous les deux les larmes aux yeux, mais il faut vite refouler l’émotion. Je me mets entre les brancards comme le fait toujours l’aide qui accompagne BELBILLOUD, lequel marche à mes côtés. A quelques mètres de la porte du camp, des camarades sont couchés dans l’herbe, sous les pommiers. L’un d’eux me crie : « Alors, on va en ville ?... Tu m’enverras une carte postale ! ». Et je lui réponds : « En noir ou en couleurs ? ».

En passant la porte, les gendarmes nous saluent. Ils ne se doutent évidemment de rien.

Cent mètres plus loin, il y a un étroit chemin de terre, bordé de haies d’aubépine. Aucun gendarme à l’horizon. Nous enlevons les cageots et Henri RAYNAUD pousse un grand soupir de soulagement : « J’commençais à étouffer là-dessous... »

Nous reprenons la route et, dans le centre de la petite ville, BELBILLOUD nous quitte. II fera « son marché », rentrera au camp avec ses bouteilles de bière, les fruits qu’il aura pu se procurer et les quelques kilos de beurre que des paysans et des commerçants réservent, comme ils disent, « aux patriotes du camp ». RAYNAUD et moi, nous nous rendons dans un petit café derrière la gare. C’est là qu’un camarade doit nous attendre. La tenancière sous informe qu’il ne sera là qu’à dix-sept heures... Que faire d’ici là ? Nous promener dans la ville est trop dangereux, nous risquons de rencontrer des gendarmes qui nous connaissent. Nous décidons d’aller, non loin de là, sur la route nationale qui conduit au Mans, dans une prairie dont les haies nous dissimulent aux regards des passants. Couchés dans l’herbe, nous essayons, sous les rayons ardents du soleil, de dormir. Mais le sommeil ne vient pas. Nous pensons à nos camarades demeurés là-bas. Nous évoquons Aincourt, Fontevrault, Clairvaux... A cinq heures, retour au café. Le camarade est là. Il remet à chacun de nous quelques feuilles de tickets d’alimentation, une adresse, le mot de passe pour nous faire reconnaître, une bicyclette.
L’accolade à Henri RAYNAUD... et en route ! »

C’est un cheminot LEGOUHIR qui leur procura des bicyclettes et leur donna les indications pour leur prochaine étape. Fernand GRENIER se rend à vélo dans la petite commune de Tréffieux, chez le boulanger Jean TROVALLET.

L’apprenti de Jean TROVALLET, Jean-Guillaume (17 ans), faisait partie du même groupe que son patron. C’est lui qui, sur la route au sortir de Châteaubriant, réceptionna Fernand GRENIER, le mot de passe étant « le colis », et amena celui-ci jusqu’à Tréffieux.

De là, les frères HERVE viennent le chercher pour l’emmener à Nantes. Un autre cheminot, Raoul BOURSIER l’aidera également, ainsi que l’épouse d’un dirigeant communiste nantais, alors prisonnier en Allemagne. Il s’agit de Marcelle BARON, qui vit avec sa mère. Elle a pris tous les risques pendant plus d’une année où elles reçoivent chez elles les émissaires ou les messages du comité central du PC. Elle avait reçu la consigne de couper toute relation avec les communistes nantais afin d’assurer au maximum la sécurité des liaisons. Quel courage ! Passer devant ses propres camarades pour des peureux, des lâches, alors qu’on assure chaque jour le plus dangereux travail.

Ses anciens camarades, lorsqu’ils connurent la vérité, changèrent d’opinion. Marcelle fut arrêtée en 1944 car elle animait un groupe de résistance dans l’entreprise Brissonneau, à Nantes.

Elle sera torturée par la gestapo et déportée à Ravensbrück. Epuisée, elle rentra, presque méconnaissable, et retrouva son mari et ses enfants.

Le 19 juin, c’est au tour de Léon Mauvais et Eugène Henaff de tirer leur révérence.

Au début du camp, les visites sont autorisées à raison de 8 toutes les 48 heures. Une autorisation de visite est remise à l’interné qui l’envoie à sa famille. Mais nos deux amis n’ont pas envoyé leur autorisation de visite familiale et c’est avec celle-ci qu’ils sortent à l’expiration du permis, avec d’autres familles venues en visite.

Hervé RAYMOND de Nantes, et Le GOUHIR guident MAUVAIS et HENAFF dans deux directions différentes. Léon MAUVAIS qui ne savait pas faire de vélo fut maquillé, changé, et prit tranquillement le train pour Nantes.

Le 5ème évadé de cette période fut Raymond SEMAT, qui partit lui aussi avec une fausse autorisation de visite. Il fut hébergé à Tréffieux chez Jean TROVALLET.

Le 22 novembre 1941, après une manifestation sportive, Auguste DELAUNE, Henri GAUTIER, Pierre GAUDIN, aidés cette fois par un camarade espagnol de l’extérieur, GOMEZ, prirent la fuite.

Louis DUBOIS, interné raconte un épisode de cette évasion : « J’étais avec Henri METAIS et Charles DUMOULIN, et nous étions chargés de couper les barbelés pour que nos camarades puissent les franchir, et ensuite les rattacher pour que les gendarmes ne se rendent pas compte du passage.

Pendant ce temps, car il y avait trois guérites de gendarmes et de gardes mobiles le long de la route, trois femmes, agents de liaison des FTP « baratinèrent » les gardes pour que nos amis puissent traverser la route. Il était 17 h 30 quand ils ont quitté le camp et il ne faisait pas encore très sombre. »

Marcel VIAUD et sa femme institutrice cachèrent DELAUNE et GAUTIER à Ville-en-Chef de Nozai, GAUDIN aux Touches-de-Nort, fut caché par Me. CADIOU, institutrice.

Toutes ces évasions furent possibles grâce à la complicité des internés, et de la population. Ceux qui avaient aidé les évadés ont payé de leur vie, pour la plupart, leur héroïsme :

Ce sont :

- VIAUD Marcel, arrêté en juillet 1942 fusillé en 1943 (procès des 42 de Nantes)
- RAYMOND Hervé, 26 ans, arrêté en juillet 1942, fusillé.
- CLAIRO Valentin, 35 ans, fusillé.
- GAULTIER Guy, arrêté, déporté.
- PUYBOUFFAT Roger, arrêté, interné à Châteaubriant, déporté.
- GAUVIN, arrêté, fusillé (procès des 42 de Nantes).
- BARON Marcelle, arrêtée en 1944, déportée à Ravensbrück.
- GOMEZ, arrêté, fusillé (procès des 42 à Nantes)
- LE GOUHIR

A propos des évasions du camp de Châteaubriant, François Mace, enseignant, écrit dans son ouvrage sur les « Camps de Châteaubriant » (La Forge et ChoiselLe [5]) :

« La conjonction de ces évasions et de l’attaque allemande contre l’URSS, entraîne immédiatement des mesures de sécurité : garde portée à 40 gendarmes, miradors et projecteurs remis en service, rideaux de fil de fer barbelé doublés, courrier plus surveillé, visites interdites etc.

Le chef du camp est remplacé et un officier de gendarmerie est nommé responsable de la sécurité, le tout sous le regard plus attentif des forces d’occupation, qui prennent aussi des mesures de punition contre la population castelbriantaise où des complicités sont évidentes ».

Le 23 septembre 1941, après les premières évasions, 22 internés sont regroupés dans la baraque 19, complètement isolés. Ils sont considérés comme otages. 16 d’entre eux feront partie des 27 fusillés du 22 octobre.

4 seront fusillés le 15 décembre à la Blisière.

Le 23 novembre 1941, après l’évasion des 3 derniers internés, 9 seront à leur tour, amenés dans la baraque 19.

Le parcours des femmes

Avec les précieux témoignages d’Odette NILES - Paulette CAPLIEZ - Evelyne HERETE - Marguerite FABRE - Jacqueline FOURRE internées dans ce camp.

Au cours des grandes cérémonies d’anniversaire qui se sont déroulées depuis la Libération, quelques femmes, grands noms de la Résistance, furent mises à l’honneur. Quelques plaques dans les rues (très peu) signalent qu’elles ont existé. On a enfin parlé du rôle des femmes pendant la dure période de l’occupation et de la Résistance.

Même s’il est encore difficile aujourd’hui de faire une analyse profonde des luttes qu’elles ont menées pendant cette douloureuse période, il faut toutefois souligner qu’elles ont rempli des tâches et accompli des actions difficiles, courant les mêmes dangers que les hommes.

La vie des femmes n’a pas été facile pendant ces cinq années de guerre.

Il convient de rappeler le courage des femmes de prisonniers de guerre, élevant seules les enfants et travaillant pour subvenir aux besoins de la famille.

On a peu parlé des femmes qui ont aidé des familles juives et leurs enfants, de celles qui ont hébergé, soigné des résistants et aidé ceux des maquis.

Les femmes de nos camarades fusillés ont souvent ressenti une immense solitude, surmontant leur chagrin pour faire face à l’absence de ressources, avec des enfants en bas âge.

Pour les femmes qui se sont engagées dans le combat, il ne faut pas oublier les difficultés du travail clandestin, du courage des agents de liaison dans tous les domaines de la Résistance pour le transport des tracts, des journaux, des armes sur les vélos ou dans les valises dans les trains.

C’est aussi parler des nombreuses manifestations des mères de famille pour obtenir un meilleur ravitaillement et aussi la participation à des manifestations impromptues, mais souvent très bien préparées, pour célébrer une date importante de l’histoire de notre pays.

Rappelons les nombreuses femmes qui luttèrent au sein des FTPF et ensuite dans les FFI. Comme il ne faut pas omettre le chemin difficile des évadées des camps, qui, elles aussi, reprirent aussitôt le combat pour participer aux actions jusqu’à la libération du pays.

Pourtant, pour les internées qui vont séjourner au camp de Châteaubriant, leurs fiches individuelles sont très succinctes, le motif de l’internement se bornant à la seule mention de « politique ». Il s’agit de militantes connues comme communistes où syndicalistes, membres d’organisations démocratiques d’avant-guerre et souvent simplement parce qu’elles sont femmes de militants. Pour les plus jeunes filles membres des Jeunesses Communistes et de l’Union des Jeunes Filles de France.

Celles arrêtées en Août 1941, jugées devant la première cour martiale à Paris, qui condamna à mort trois jeunes communistes, seront pour leur part « considérées comme otages à partir de cette date ».

Contrairement aux hommes arrêtés, certaines d’entre elles sont jugées et condamnées à une peine de prison, ayant simplement commis un acte répréhensible aux yeux du pouvoir.

Une fois la peine de prison accomplie elles deviennent, comme les hommes, des « internées administratives » et sont dirigées vers d’autres prisons ou camps. Peu sont libérées. D’autres envoyées dans les prisons centrales seront déportées.

Les femmes arrêtées sont relativement plus jeunes que les hommes. 31 % parmi elles ont moins de 30 ans. Pour une grande partie le problème des enfants est crucial et doit être résolu. Souvent la famille en prendra soin, ou des amis ou voisins s’en chargeront. C’est cela aussi la solidarité !

Les internées du camp de Choisel

Après l’ouverture du camp, les premières arrivées sont des femmes (une vingtaine) venant de Bretagne et de Loire Inférieure.
Puis le 16 Septembre 1941 un convoi de 48 femmes arrive de la prison de la Roquette. Convoi composé d’ouvrières d’usine, de fonctionnaires, d’étudiantes, de professeurs, de mères de famille dont les âges s’échelonnent de 17 à 55 ans.

Parmi elles, des amies déjà bien éprouvées par la répression ou qui le seront plus tard :

Marie BRECHET dont le mari a été guillotiné à la Santé en 1941, 1 enfant seul.
Louisette VETTER, mari emprisonné, qui sera fusillé, 1 enfant de 15 ans reste seul
Léoncie KERIVEL dont le mari sera fusillé le 22 Octobre 1941.
Et aussi notre brave Lily MARQUET rappelée à Paris, pendant son séjour au camp, pour un rebondissement de son affaire, qui fut déportée et mourut à son retour. Elle fit un don exceptionnel à notre Amicale pour participer entre autre à l’achat de la ferme près de la Carrière, où le Musée de Châteaubriant est maintenant installé.

Pas moyen de prévenir les familles du moment du départ.
Voyage éprouvant par la longueur et la chaleur. Une importante escorte de gardes mobiles nous accompagne.
L’impression de détente se manifeste pour certaines d’entre nous, qui ont déjà connu 10 à 12 mois de détention (dont plusieurs à Fresnes avec un séjour très pénible).

En arrivant à 23 heures à Châteaubriant, après des mois de détention, un voyage harassant, nous éprouvons une sensation de fraicheur, d’air pur, presque de liberté devant l’immensité du ciel étoilé.
Impression bien fugace, car il faut aux injonctions des policiers, reformer les rangs et se diriger à pied vers le camp.
La route n’est pas trop longue à travers la campagne qui sent bon avec la douceur de la nuit. Les conversations vont bon train.

Bientôt le silence se fait, les lumières brillent ça et là, confuses d’abord, puis on distingue l’alignement des baraques, les barbelés, c’est le camp.

Les premiers barbelés franchis, nouvel arrêt. On nous recompte. On voit des ombres derrière les barbelés. Nos camarades sont là.
Passant devant une baraque, on entend une voix « Odette, je suis là » !
_C’est la montée vers la baraque qui nous est attribuée. Deux rangées de caisses grillagées, munies d’un sac de couchage en papier, avec une couverture.

Quatre grandes tables, grossièrement taillées, et sur chacune quelques timbales avec des fleurs, fleurs de poète, fleurs des champs, marguerites et boutons d’or.

On ne vous oubliera jamais, humbles fleurs poussées dans le camp ! Des hommes, nos camarades, aussi malheureux que nous, séparés des êtres chers, ont préparé notre arrivée.

C’est Jean-Pierre TIMBAUD, avec Charles MICHELS, qui nous accueille. Quelques paroles de bienvenue, les voix tremblent d’émotion.

C’est l’installation pour la nuit. Tout craque sur les couches et on sent le grillage. Quelques rires chez les jeunes qui s’endorment très vite.

- Mais pour les ainées, c’est une des nombreuses nuits de veille et d’insomnie qui commence.
- Que sera la vie dans le camp ?
- Que font en ce moment les enfants laissés derrière elles ?
- Que fait le mari, lui aussi détenu, en stalag ou dans les prisons françaises ?
- Quel sera le sort des jeunes filles qui dorment là et dont elles se sentent responsables : Odette, la benjamine de 18 ans. Paulette la cousette aux doigts de fée, Dédé la costaude du Nord, Nénette à la voix d’or (dont le père a déjà été fusillé). Evelyne la douce, Margot au sourire malicieux, et Jeanine l’aînée de ces jeunes, la grande sœur attentive et tendre... ?

C’est vraiment le lendemain qu’ont lieu les premiers contacts avec les hommes. Nous sommes au camp P2 séparé du camp des hommes par une grande barricade de planches et un rideau de barbelés.

Retrouvailles émouvantes. Camarades d’une même affaire séparés depuis le jugement, amis de combat dans les luttes passées, copains du père militant ou de la mère.

On s’aperçoit en fait, qu’on ne forme qu’une même famille, celle d’hommes et de femmes épris de liberté.

Jean-Pierre TIMBAUD assure la liaison entre la direction et nous. « Nous avons paré au plus pressé, nous dit-il, en exigeant une baraque à double cloison, mais établissez tout de suite votre cahier de revendications : de la paille pour vos lits, un coin isolé pour les lavabos, etc. ... ».

Précieux TIMBAUD qui, inlassablement, nous écoute, note et en profite pour nous indiquer la vie qui va être la nôtre. Il y a des hommes, des femmes, des jeunes, mais il ne faut jamais oublier les raisons qui nous ont amenés à l’emprisonnement. Il faut rester dignes, maîtres de nos nerfs et de nos sentiments, rester conscients de notre idéal.
Tout cela est dit gravement, mais simplement, comme si TIMBAUD parlait à sa femme ou a sa fille.

La vie s’organise pour nous. On ne peut dissocier le rôle des hommes de celui des femmes. Nous formons un tout.

Et lors des fusillades, notre souffrance, notre rage d’impuissance, notre ferveur à crier vengeance sont les mêmes.

Nos ennemis nous traitent avec la même rigueur que les hommes ; il faut répondre avec le même courage et le même optimisme.

Quand le sinistre TOUYA nous menace de tirer dans notre baraque, il nous considère sur le même pied d’égalité que les hommes. C’est un honneur qu’il nous rend.

Quand le directeur d’un camp déclare qu’il préfère garder 800 hommes que 60 « bonnes femmes », c’est encore à notre ténacité qu’il rend hommage.

Les internées de Châteaubriant, qui vont connaitre les événements douloureux du 22 Octobre 1941, puis du 15 Décembre, et ensuite les départs d’otages pour de nouvelles fusillades en Février, Mars, Avril 1942, vont renforcer leur solidarité. Leur peine immense va les souder un peu plus encore.
Elles ont conscience que les allemands peuvent à tout moment prélever des otages parmi les internés du camp.

La vie s’organise au fil des jours. Il faut à tout prix éviter l’ennui, se perfectionner, grâce aux cours donnés par des amies enseignantes, elles aussi détenues.
La plupart des femmes s’inscrivent aux cours de français, de calcul, de sténo, de langues : Elles participent à la chorale et le chef a enfin de vraies voix féminines.

Autour de la partie centrale du camp, les hommes ont creusé et installé une piste, et des tours de marche sans fin ont lieu. Il ne faut pas perdre la forme, faire de la gymnastique, tout en se ménageant.
Les conditions sanitaires sont déplorables .La nourriture se compose le plus souvent de rutabagas, topinambours et carottes. Heureusement une solidarité sans faille et une solide amitié nous unissent. Le partage de quelques excédents de nourriture se fait sans problème.

Il faut citer quelques moments inoubliables de notre vie au camp de Choisel.
Le dimanche suivant notre arrivée, après une minute de silence, des fleurs et un napperon en dentelle sont offerts à Marie BRECHET dont le mari a été guillotiné à la Santé en Août 1941.

Le 22 Octobre 1941, après le départ des 27 otages pour être fusillés, notre moral est bas, mais nous éprouvons un sentiment de révolte et de haine.
Sentiment que nous ressentons à chaque départ pour les fusillades...
Sentiment de tristesse encore devant le cortège impressionnant des hommes qui sont transférés au camp de Voves, enchaînés comme des bagnards.
Comment oublier TOUYA, sa badine, son molosse et son discours provocant à notre endroit : « Pas de java dans les baraques ».

Pour l’anniversaire d’une jeune fille de 19 ans, en Décembre 41, les hommes se sont procuré un cyclamen blanc qu’ils lui offrent, mais le chien de TOUYA le saccage.

Et puis quelques souvenirs plus réjouissants :
- Les fêtes organisées avec les hommes qui séjournent également dans le camp P2, avec déguisements et chorale de femmes.
- Les épreuves sportives, le dimanche,
- Les chants de Nénette, jeune chanteuse de cabaret, très swing !

Le premier Noël au camp - 1941-

On ne sait pas comment est arrivée la branche de sapin dans notre baraque. Nous l’ornons d’une décoration de fortune : bouts de ruban, papillotes multicolores, une pauvre guirlande et même quelques bougies. Le miracle est là, visible, nous avons un sapin de Noël !
Nos parents qui n’avaient pas droit de visite, ont fait d’immenses sacrifices pour envoyer quelques colis. La table est dressée. Il y a un peu de feu ce soir.

Les jeunes entourent le sapin et commencent à chanter de vieux chants de Noël. Nos ainées pleurent. Que Noël est triste loin des siens !

Allons, il faut se reprendre. Vite, elles sèchent leurs larmes et nous les embrassons.

Dehors, il fait très froid, l’Armée Rouge recule. Noël 41, le plus sombre de nos quatre années d’internement. Mais nous ne perdrons jamais l’espoir, même au plus noir de la tempête. On s’organise de mieux en mieux.

Et puis le 11 Mai 1942, les hommes quittent le camp de Choisel pour celui de Voves.
Bientôt ce sera notre tour. Le 12 Mai, 60 femmes sont dirigées sur le camp d’Aincourt, où les rejoignent une centaine d’internés venant du camp des Tourelles et de la prison de la Roquette. Des femmes juives avec leurs enfants arrivent également.

Des gardiennes, venant de la Centrale de Rennes, véritables gardes-chiourmes, remplacent les gendarmes à l’intérieur de ce camp qui a déjà vu passer tant d’hommes.

Selon notre habitude, nous organisons au mieux nos conditions de vie. Puis un jour, les allemands viennent chercher les femmes juives. C’est une véritable tragédie que la séparation des enfants de leurs mamans.

Nous sommes bouleversées. Les petits restent avec nous, une amie leur fait déjà la classe depuis leur arrivée. Ensuite la Croix Rouge vient les chercher pour les prendre en charge.

En ce qui nous concerne, notre périple n’est pas encore terminé.
Le 15 Septembre 1942, le camp d’Aincourt est évacué. Nouveau voyage, direction Gaillon, dans l’Eure, où nous occupons un vieux château ayant servi de caserne sous Napoléon. Là, les conditions d’hygiène sont déplorables.

Nombreuses manifestations dès notre arrivée. Il y a des rats dans nos matelas et la saleté du réfectoire est repoussante. Nous obligeons le directeur à réagir en jetant nos matelas par les fenêtres du 3ème étage.

Les représailles ne tardent pas. Nous sommes dirigées sur le camp de la Lande en Touraine, où se trouvent déjà 250 femmes venues de différents endroits, qui remplacent les internées juives déportées.

Rien de prévu pour nous accueillir. Les conditions sont très dures : pas de courrier, il fait très froid, nous avons faim, les semaines de salade cuite à l’eau succèdent à celles de rutabagas.

Malgré la répression, des évasions sont tentées.

Jacqueline FOURRE réussit son évasion et reprend la lutte clandestine, comme agent de liaison jusqu’à la Libération de Paris, à laquelle elle participe.

D’autres amies s’évaderont ailleurs et reprendront leur place dans la lutte des organisations de résistance.


Témoignage de Jacqueline FOURRE sur son évasion.


A la suite de ces évasions et des manifestations contre la mauvaise nourriture (nombreux cas de dysenterie), le directeur demande des renforts à la gendarmerie.

Le 29 Août 1943, à 6 heures du matin, une vingtaine de détenues « chefs de baraque soi-disant fortes têtes », sont transférées en représailles au camp de Mérignac en Gironde, où règne un Préfet nommé PAPON.

En Janvier 1944, nouveau transfert au camp de la Route de Limoges, à Poitiers.

C’est de ce dernier lieu que les internées retrouvent la liberté, grâce à la Résistance avec les FTP et avec l’aide du Réverend Père FLEURY, en Septembre 1944.

Ces femmes, pour la plupart avaient été enfermées pendant 20, 30 ou 44 mois. Malgré la diversité de leurs conditions sociales ou professionnelles, des nationalités, des confessions, des âges, notre homogénéité est restée intacte. Elle s’est transformée, au fil des années, en se renforçant, en une amitié solide, qui subsiste toujours parmi les survivantes.

Toutes ces prisonnières, arrêtées dans leur combat pour la libération de la France, ont continué à lutter pour une vie meilleure, contre la discrimination raciale, pour la paix, pour perpétuer la mémoire de tous les sacrifices.

Le droit de vote, accordé aux femmes leur a permis de participer encore plus au développement de la vie publique et démocratique. Entre autres, Marie LE FUR, qui s’était évadée de Poitiers est élue Maire d’Hennebont. Plusieurs anciennes internées sont devenues conseillères municipales dans leur commune.

Les 60 femmes internées au camp (P1 et P2) de Choisel à Châteaubriant :

Camp P 1 :

ARRIGHI Suzanne
LEFUR Marie
APPOLINAIRE Hélène
BARBE Marie
KERIVEL Léoncie
LEPIERRES Maria
TAFFOUREAU Madeleine
FRANCOIS Yvonne
BOURROUX Jeanne
PENSEREAU Lily
CLEMENT Jeanne

Camp P2 :

CASSELI Dalila
VETTER Louise
FABRE Marguerite
GONZALEZ Janine
MICALEFF Marcelle
GALPERINE Maryse
DESPRES Marthe
ROLLINI Berthe
RENARD Simone
BRETEVILLE Hélène
PLU Louise
JAMIN Clotilde
SOURICOFF Henriette
BONNEFOY Antoinette
LOULE Elise
BAUDIER Raymonde
CLEMENT Catherine
VANDENHONE Suzanne
CHASSAING Thérèse
ETARD Madeleine
BRECHET Marie
MAGIN Louise
CARPENTIER Germaine
NILES Odette
MERLOT Andrée
FONTAINE Louisette
HERETE Evelyne
ROSE Henriette
METZ Alice
ALLERIE Emilie
BUSSON Yvonne
CAPLIEZ Paulette
PEZENNEC Pauline
BRUN Maria
REIX Raymonde
MARANGE Louise
BOUSQUET Geneviève
DUBRAY Viviane
SALAGNAC Pauline
VESSIER Marie-Louise
MAGEOT Georgette
BOVAY Marie
POMMEROLE Léone
RENAULT Georgette
SIOUVILLE Renée
DEFRANCE Juliette
FOURRE Jacqueline
DUCERVAUX Renée
PENELOU Marthe

Femmes particulièrement éprouvées :

BRECHET Marie : Mari guillotiné à la Santé le 28 Août 1941.
VETTER Louise : Mari fusillé en 1941
KERIVEL Léoncie : Mari fusillé le 22 Octobre 1941
BONNEFOY Antoinette : Père fusillé en Août 1942
JAMIN Clothilde : Mari fusillé
ROLLINI Berthe : Mari fusillé
DUBRAY Viviane : Fils fusillé

D’autre amies ont eu un membre de leur famille déporté (mari, père, frère) ou interné.

Les évadées :

POMMEROLE Léonie : Evadée de Gaillon le 1er Novembre 1942
CASELLI Dalila : Evadée de La Lande le 06 Mars 1943
BAUDIER Raymonde Evadée de La Lande le 17 Avril 1943
BRUN Maria : Evadée de La Lande en Mai 1943
FOURRE Jacqueline : Evadée de La Lande le 06 Juin 1943
LEFUR Marie : Evadée de Poitiers en Juin 1944
LOULE Elise : Evadée


Témoignage de Marie BRECHET, ancienne internée de Châteaubriant, dont le mari fut guillotiné le 28 avril 1941 à la prison de la Santé.



[1« C’était ainsi... la résistance Châteaubriant, Londres, Alger, Le Vercors, Dachau » 8ème édition revue et complétée - Editions Sociales - 1975

[2« Ceux de Châteaubriant » - Fernand Grenier - Editions Sociales - 1979

[3L’enseignement du russe sera interdit dès le lendemain de la ruée des troupes d’Hitler sur l’Union soviétique. Cependant, peu après, les cours reprendront clandestinement.

[4Lorsque les internés quitteront le camp de Châteaubriant l’année suivante, le poste leur causera bien des tourments. Ils ne veulent pas le perdre - son importance étant considérable pour le maintien du moral des internés - et ils pensent qu’une fouille en règle aura lieu soit au départ, soit à l’arrivée. Quelqu’un aura une idée de génie : on le placera dans les bagages... du chef de camp. Tout se passera à merveille, il sera installé au nouveau camp de Voves et continuera à fonctionner jusqu’à la fermeture du camp. Nous trouvons là encore un exemple de l’ingéniosité, de l’esprit d’organisation, de la cohésion et de la solidarité des communistes : pas une dénonciation, pas une « fuite > durant les trois années de fonctionnement quotidien du poste - et pas non plus de vantardise, chacun faisant discrètement ce qu’il devait faire et tous bénéficiant des informations ainsi captées.

[5Le camp de Châteaubriant (La Forge et Choisel) publication de l’Amicale de Châteaubriant Voves/Rouillé Mars 2004



Fac similé du 16 avril 1942

Préparation au transfert des internés de Voves


Document PDF (9961 octets)

Fac similé du 22 avril 1942

Préparation au transfert des internés de Voves


Document PDF (12829 octets)

Fac similé du 28 avril 1942

Préparation au transfert des internés de Voves


Document PDF (15389 octets)

Fac similé du 29 avril 1942

Préparation au transfert des internés de Voves


Document PDF (9316 octets)

Fac similé du 01 mai 1942

Préparation au transfert des internés de Voves


Document PDF (11143 octets)

Fac similé du 15 mai 1942

Préparation à l’évacuation. Lettre du préfet de la Loire au préfet de Région.


Document PDF (15512 octets)

Fac similé du 16 mai 1942

Préparation à l’évacuation. Lettre du sous-préfet de Châteaubriant.


Document PDF (16718 octets)
 
 
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