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LOMBARD Camille - Témoignage pour Rouillé



Témoignage [1] de Camille LOMBARD , l’un des organisateurs de la Résistance locale, puis régionale du Front National et FTPF [2] de juin 1944 à septembre 1944. Membre du comité de Libération des Deux-Sèvres.

« Nous décidons la libération du camp de Rouillé.

C’est pour la nuit du 12 au 13 juin. Le camp est gardé par des gardiens français et par une section de GMR [3] . Les internés sont avertis dans la journée du 12. Il ne reste que peu de « politiques » ; ils ont été transférés à Voves, puis en Allemagne. La mort dans les plus affreuses tortures les attend. Mais il reste encore une trentaine de républicains espagnols bien organisés et commandés par URBIZTENDO. Nos maquisards entourent le camp ; les chefs de l’opération, SIDOUX, NOEL (jeune lieutenant d’aviation qui deviendra le colonel THIANT), Paul ALLEAU, CHRISTIAN, DEBIAIS et moi-même allons essayer de parlementer avec le commandant du camp et surtout avec le chef des GMR. Un gardien, venu avec nous, André EPRINCHARD, a le « mot de passe » de la nuit ; nous arrivons à la porte sans encombre.

Nous demandons le chef des GMR qui se présente sans difficulté. DEBIAIS, qui est un de ses amis, lui dit « fais pas le c..., il n’y aura pas d’histoire ». Le commandant n’est pas là, il couche en ville. Accompagné d’un gardien, DEBIAIS va le chercher ; il faut prendre une échelle et enfoncer sa fenêtre. Enfin, il s’habille et suit. En arrivant au camp, il ne peut que constater et accepter. Pour la forme, les GMR sont désarmés par le maquis, autant d’armes récupérées ainsi que celles des gardiens.

Nous allons cependant commettre une erreur. Mais tout avait si bien marché. Pourtant nous l’avions décidé à l’avance : il faudra disséminer les évadés dans la région. Mais les espagnols et quelques autres sont pleins d’enthousiasme ; ils veulent former un maquis sous la conduite de PAPINEAU. Ils se dirigent sous le Bois des Cartes où ils organisent un campement. Le commandant du camp a prévenu la préfecture le lendemain matin, dimanche. Les réactions sont lentes. L’après-midi, le commissaire ROUSSELET et ses collaborateurs viennent enquêter ; il ne se passe pas grand chose. ROUSSELET et sa bande descendent à peine de voiture et repartent, nous n’avons pas le temps d’intervenir, c’est dommage ! La capture aurait été belle. Un camion chargé de jeunes GMR survient, ils sont peu armés : chacun un pistolet de 6,35. Nous les arrêtons sans peine et sans dommage. Ils nous laissent prendre leurs pistolets, pourtant chargés. Nous les faisons coucher dans le fond du camion car cela se déroule au passage à niveau et un train d’allemands s’arrête quelques instants mais repart aussitôt. Dans la nuit, les miliciens occupent le bourg de Rouillé, mais ils ne cherchent pas trop et n’inquiètent personne ; ils repartent au matin. Le maquis du Bois des Cartes, avec leurs libérateurs qui rentrent chez eux après chaque action, devient très actif. Ils attaquent les camions, les voitures isolés des allemands sur la Route Nationale 11 et la RN.150 ; des camions sont détruits, des armes récupérées, des prisonniers faits.

Les allemands réagissent. Ils tendent un piège au lieudit « Le Bois-Nègre » sur la RN.11, à quelques centaines de mètres de Rouillé. Une voiture semble en panne avec un officier supérieur allemand. Le maquis est averti ; un petit détachement arrive. Sûrs d’eux, les maquisards entourent la voiture du général. Un camion allemand rempli de soldats armés de mitraillettes et de grenades, que personne n’avait remarqué et qui venait sur la Place du Puits à Rouillé, fonce vers le Bois-Nègre, arrose de rafales les maquisards et tout ce qui passe sur la route. Un jeune de Rouillé, COURANTON est tué. Quelques maquisards réussissent à décrocher, à gagner un champ de céréales et à se sauver. D’autres sont pris et, blessés ou non, montés à coups de crosse dans les camions. Ils seront déportés ou massacrés à la Pierre-Levée (prison de Poitiers). Parmi les maquisards qui ont décroché dans les champs de blé de l’Augerie, il y a des blessés graves ; il y aurait des morts allemands (nous n’avons pas pu contrôler). C’est l’insécurité la plus complète pour le maquis. Dans la nuit qui suit l’attaque du Bois-Nègre, les Allemands investissent Rouillé, gardent les rues. Des bidons d’essence sont descendus des camions ; Rouillé est sur le point d’être brûlée. A qui doit-on le salut ? Nous ne le saurons sans doute jamais. Sans doute ont-ils cru le maquis plus puissant qu’il n’était et ont craint un affrontement. Toujours est-il qu’ils sont partis au petit matin sans un coup de feu, sans rien détruire.

Dans la nuit du 22 au 23 juin, les agents de la gestapo sont là ; ils ne se trompent pas de porte. Ils arrêtent BRUNETEAU André qui recevait les maquisards, GENDRON du Cheval-Blanc par qui nous avions de précieux renseignements, Edmond QUINTARD, conseiller général, maire de Rouillé, PEROCHON, avait déjà été arrêté. Ils arrivent chez le docteur CHEMINEE qu’ils ne trouvent pas, coupent le téléphone et fouillent la maison ; CHEMINEE n’est pas là. Ils partent mais surveillent la maison. Chez LOMBARD, la même chose ; il n’est pas là, étant parti sur les Deux-Sèvres comme responsable du FN [4] et des FTPF . Les agents de la gestapo sont bien renseignés : il doit rentrer le soir. Madame Lombard est interrogée, la maison fouillée. Madame LOMBARD fait l’ignorante et les documents compromettants sont bien dissimulés. Les dits agents décrochent une photo de LOMBARD et la somment de s’apprêter à partir, malgré ses deux filles (5 ans et 4 ans), ils l’emmènent rejoindre le convoi destiné à la Pierre-levée.

Les rescapés du maquis du « Bois des Cartes » regagnent la forêt de Saint Sauvan. Ils sont mal encadrés, les responsables locaux sont partis. CHEMINEE ne peut plus se montrer. DEBIAIS est à la recherche de renfort et il essaie d’activer les parachutages d’armes.

La ferme de POPINEAU est brûlée, sa mère et son fils sont également pris comme otages. Lui sera tué en regagnant la forêt de Saint-Sauvan. SIDOUX et CHRISTIAN essayent de faire partir ce nouveau maquis et de le diriger vers Montmorillon. On leur a promis un parachutage. Ils attendent.

Les renseignements sont de plus en plus mauvais. Les allemands ont relevé la topographie de la forêt. La troupe arrive : des fantassins, de l’artillerie, une division entière encercle le pays. Les agents de liaison font de multiples voyages pour renseigner les maquisards et les guider afin de sortir de cet étau. Ces derniers vont partir, mais c’est l’attaque par cette belle matinée du 27 juin : nos maquisards sont cernés, ils n’ont que peu d’armes et, cependant, ils vont se défendre.

Mais que peuvent faire quarante hommes contre une division surarmée et spécialisée dans l’anéantissement des maquis, aidée de chiens spécialement dressés. Les patriotes sont pris, ils se sont bien défendus. Il y a des morts du côté allemand. Une dizaine de maquisards a réussi à s’enfuir. Les brutes allemandes s’acharnent contre les autres, qui ne seront pas traités en prisonniers de guerre, armés de tronçons de câbles, les tortionnaires les assomment, les mitraillent à bout portant. Comble de l’horreur, ils alignent les cadavres et les écrasent avec leurs camions Les Allemands partent croyant le maquis anéanti. Non, les jeunes, camouflés dans les fermes et ailleurs se retrouvent sous la conduite de très jeunes chefs : NOEL, Paul ALLEAU. CHRISTIAN, également,reviendra souvent. Le groupe « NOEL » est constitué. »

Pris dans la forêt de St Sauvan les maquisards sont encerclés par les allemands. C’est le massacre...

Liste [5] des massacrés de Vaugeton :

BERNAJOU Kléber*
BESSAC Marcel*
BOTTON Lucien
DELAFUENTE Rufino
FAELLI Guido
FERGAULT Paul*
FONTANOT Jacques
FREIRE Manuel
GOMEZ Louis
HANNOT Gilbert
HERNANDEZ Juan
HOET Jean
KRUG Henri
MARGUERITAT René
MARTY Louis
MARUEDO Jacques
MASSA Raphaël
NEMERY Victor
NOYER Serge
PAPINEAU Marcel*
PEREZ Honorio
PORGE Jean
QUERALT Jean
RINAULT Yves
SERRA Antoine
ROJAS Ricardo
ROSSEL Vincent
ROSSI Ugo
SANCHEZ Angel
THOMOUX Paul
VADJARAGANIAN Vahridj


[1Source : « Les barbelés de Vichy - Camp de Rouillé » - Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé

[2FTPF (ou FTP) : Francs Tireurs Partisans Français

[3GMR : Garde Mobile Républicain

[4FN : Front National de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France

[5Les noms suivis de* sont ceux de résistants du pays. Les autres sont d’anciens internés du camp de Rouillé. Parmi eux, dix espagnols dont 6 de Loire Inférieure.


 
 
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