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PICARD Roger - Témoignage pour Rouillé



Témoignage de Roger PICARD correspondant du Comité d’histoire de la seconde guerre mondiale

« Un interné sur deux vient de la Seine, en mars 1942, quand la filière d’évasion fonctionne. Cette filière a sans doute fonctionné avant, ou bien il y en avait une autre. C’est Marius REBOISSON qui est contacté par Léon DEPOLLIER (fils de Suzanne GIRAUD). On lui demande de ne s’occuper que d’une filière d’évasion pour Rouillé. Il connait un gardien, le paye pour qu’il reçoive des colis et les distribue sans les fouiller (50 000 F donnés par le PC de Paris). Des messages sont dans de petits étuis dans les boules de pain. Linette REBOISSON va les porter en bicyclette (40 km). Tout est prévu : temps maussade, coupure de courant pour plonger le camp dans l’obscurité (c’est M. REBOISSON et L. DEPOLLIER qui la provoquait), outils pour couper les barbelés des clôtures, itinéraire et planques à Montreuil-Bonnin. Tout fonctionne bien. Les premiers à sortir sont d’anciens conseillers municipaux et responsables du parti dans la Seine : Désiré LELAY, arrêté à Paris le 13 juillet 1941, ajusteur, communiste et porteur de tracts (il fut repris à Paris, torturé et fusillé), Robert VONET, arrêté le 27 mars 1941 et René POIROT, arrêté le 6 décembre 1941. Tous les trois étaient arrivés le 3 janvier 1942 et jugés « dangereux » par l’administration. Trois autres ont été hospitalisés à l’Hôtel-Dieu avant le 3 mars 1942 pour y subir des opérations assez délicates. Ils ne sont pas opérés en même temps et ils savent qu’on va leur apporter des vêtements civils. Il s’agit aussi de responsables politiques et municipaux : Léon SALAGNAC, de Levallois (Seine), arrivé le 6 septembre 1941, charpentier ; Emilien CATIAU, de Neuilly-sur-Seine, arrivé le 6 septembre 1941, rectifieur ; Louis POUPART, de Paris, arrêté le 5 septembre 1940. Quand ils ont des vêtements civils, ils prennent une bicyclette, qui les attend devant l’Hôtel-Dieu (signe distinctif, une petite planche à pain). POUPART, tout juste opéré, restera à Poitiers dans une planque (chez LAVIGNE-AMAND, arrêté en janvier) avant de rejoindre les deux autres dans une planque de Marius REBOISSON à Dissay (chez PRENANT). Habillés et maquillés, ils vont à Paris par le train avec de nouveaux papiers d’identité. C’est donc Paris qui organise les évasions du camp de Rouillé avec des ex-militants du PC [1] dans la Vienne. A Poitiers, il semble que C. MAUPIN ait fait la liaison ou donné des adresses fin 1940 ou début 1941. Le « Café de la Résistance » qui appartient à sa mère est une plaque tournante. Deux communistes de Châtellerault, responsables de l’OS [2] dans la Vienne, sont allés se cacher à Paris. Ils ont pu renseigner le comité central à Paris sur les personnes les plus sûres de Poitiers.

On peut noter aussi que quelques communistes de la région parisienne, arrivés en septembre 1941, restèrent jusqu’au 11 juin 1944 à Rouillé. Il y en eut même un qui resta à Poitiers, au camp de la route de Limoges, jusqu’à la libération du département de la Vienne. On peut affirmer, sans toutefois avoir interviewé ces internés, qu’ils ont assuré une continuité dans les habitudes du camp, peut-être pour les contacts. Il faut noter enfin que nous avons retrouvé une filière et une planque (FN [3]), en avril 1944, avec deux personnes de Bruxerrolles, proches du « Café de la Résistance ». Le responsable régional en 1944, SIDOUX alias « Antoine », utilise cette filière pour des communistes de Paris ou de Vierzon. Ce sont encore des groupes FTP [4] qui libèrent le camp de Rouillé, le 11 juin 1944. Ce camp a donc toujours été « surveillé » par les militants du PC dans l’OS, le FN, puis les FTP. Le Parti communiste a parfaitement réussi dans ses entreprises d’évasions comme dans la clandestinité. »


[1PC (ou PCF) : Parti Communiste Français

[2OS : Organisation Spéciale constituée par le Parti communiste français au début de la résistance.

[3FN : Front National de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France

[4FTP (ou FTPF) : Francs Tireurs Partisans Français


 
 
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