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Voves


Chez les internés, on s’organise. Chaque baraque numérotée, est constituée à l’image d’une famille, avec un responsable,

- Il faut tout faire pour contrecarrer les plans de l’administration sous tutelle nazie,
- Il faut, au maximum, éviter les représailles,
- Il faut occuper le temps afin d’être prêt à toute éventualité,
- Il faut penser : liberté, combats, Résistance,
- Il faut articuler la vie du camp en fonction de ces impératifs.


Le camp d’internement (1942-1944)

Les premiers internés viennent d’Aincourt (Val d’Oise) où furent enfermés les premiers patriotes arrêtés en zone occupée le 5 octobre 1940. Ils accueillent notamment des camarades venus de Gaillon (Eure), du dépôt de la Préfecture de Police de Paris. Le 7 mai 1942, 424 internés arrivent de Châteaubriant. En novembre 1943, un fort contingent arrive de Pithiviers (Loiret), Ecrouves (Meurthe et Moselle), Rouillé (Vienne).

Comment vivent-ils ?

Ils mettent au point l’organisation intérieure, copiée de l’expérience de Châteaubriant : chaque baraque désigne un délégué et l’ensemble de ces délégués forme la direction collective du camp. Elle s’efforce d’organiser d’abord l’amélioration de la nourriture, souvent déplorable et principalement constituée de rutabagas, de topinambours et de pommes de terre en plus ou moins bon état.
Chaque baraque s’organise à la manière d’une famille. Pour soutenir et sauver des camarades à la santé altérée, les colis sont mis en commun lorsque leur distribution n’a pas été suspendue par les autorités du camp. La "direction" exige du commandant du camp un matériel de cuisine moins rudimentaire pour que la soupe soit mieux préparée par les internés et obtient aussi l’autorisation de transformer en jardins les espaces en friches. C’est également à force de persévérance qu’est obtenu le droit d’ouvrir une cantine et d’envoyer en ville un cantinier qui aide à trouver maints objets utiles à la vie d’une collectivité.
La vie ainsi s’organise. Aux activités sportives s’ajoutent des manifestations culturelles qui vont englober le théâtre, le chant et la musique. Des conférences ont lieu sur les grandes dates de l’histoire de France. Des cours sont organisés depuis le français élémentaire jusqu’à la littérature, la géographie, la géologie, la géométrie, les mathématiques, l’histoire, les langues étrangères. Les plus compétents parmi les internés font office de professeurs.
Les internés parviennent à installer un poste de radio clandestin. Il est écouté avec maintes précautions. Les nouvelles importantes sont transmises et commentées le jour même. Ainsi sont connues les bonnes nouvelles : le débarquement américain de novembre 1942 en Afrique du Nord ou la défaite allemande à Stalingrad en février 1943.
Mais comment s’évader ? Beaucoup y songent et y travaillent. D’autant plus qu’à peine arrivés à Voves, 109 détenus sont transférés à Compiègne les 10 et 20 mai 1942. On ignore encore que Compiègne est la dernière étape avant la déportation vers le Reich. 93 de ces hommes font partie du convoi dit des « 45 000 » du 6 juillet 1942 dirigé sur Auschwitz-Birkenau le 6 juillet 1942. On compte 6 survivants en 1945

Le sport

Dans une tradition développée par la FSGT [1] dès 1936, la pratique du sport est encouragée et reste un souci permanent de la direction politique. Pour que des hommes, internés depuis de longs mois puissent s’évader, marcher pendant des heures et être à même de combattre, il est nécessaire de les préparer physiquement. La direction politique et militaire s’attache donc au développement de l’activité sportive dans le camp. Sous la responsabilité de militants sportifs (Henri SEGAL, Rino SCOLARI, Charles DUMOULIN, André THIBAULT...), des activités physiques variées sont organisées : cross, athlétisme, gymnastique, football, handball, escrime, boxe... Développées à grande échelle, ces actions trompent la surveillance des autorités du camp qui perçoivent d’un bon œil le comportement faussement bon-enfant des internés. Des compétitions sportives entre équipes des différentes baraques rassemblent toute l’assistance sur le terrain de sport et donnent lieu à des empoignades très sérieuses. Lorsque les évasions se réalisèrent, ce travail effectué fut payant. D’une façon générale, l’activité physique permet à beaucoup d’avoir un meilleur équilibre et de combattre le stress de l’internement. Lors des évasions, l’entraînement physique devient un atout essentiel.

Les activités culturelles

Parallèlement aux activités sportives, le camp de Voves voit se développer une activité culturelle intense et où s’investissent de nombreux internés. Une chorale dirigée par Odilon Arrighi se produit régulièrement avec un répertoire aussi varié qu’exigeant où Beethoven côtoie Verdi. Le théâtre est aussi à l’honneur et les internés s’essayent tout autant aux grands classiques qu’à des créations personnelles. Parmi d’autres, les apprentis comédiens Jean FUMOLEAU et André MIGDAL font honneur à Molière et à son « Bourgeois Gentilhomme », Raymond MOREL et Raymond BROÏDA participent quant à eux à la création du « Maire de Trifouillis les Oies ». L’activité théâtrale apporte une aide considérable dans la préparation de l’évasion dite « des gendarmes » qui bénéficient des ressources de l’atelier des costumes. Un orchestre placé, là encore, sous la direction d’Odilon ARRIGHI, exploite un répertoire varié et donne des récitals qui font salle comble. Certains travaux bruyants liés à la préparation d’évasions sont exécutés pendant les répétitions.
Briser l’ennui, maintenir le moral sont des préoccupations majeures. Il faut occuper et l’esprit, et les mains. Artistes amateurs, internés aux doigts habiles créent d’un bout de bois ou de quelques matériaux de fortune de nombreux objets témoins de leur internement. Aquarelles représentant le camp, coffrets aux tiroirs secrets, serre-livres, coupe-papier, sabots, aujourd’hui présentés dans la baraque-musée, reflètent les talents anonymes.
Des cours de maths, d’algèbre, de français, de géométrie, de langues étrangères, de navigation... sont dispensés par les internés les plus instruits. Une « université » dans un camp, une ouverture sur la connaissance dans le monde de l’interdit.


Témoignage d’André MIGDAL interné au camp de Voves du 19 novembre 1943 au 9 mai 1944

Témoignage d’Henri SEGAL interné au camp de Voves du 31 octobre 1942 au 6 mai 1944 (Extrait de « Ceux de Châteaubriant » Fernand Grenier, 1949)



Les évasions de Voves

Le site de Voves, un plat pays éloigné des agglomérations, ne se prête guère aux évasions, pourtant persévérance et audace conjuguées permettent à 82 internés de retrouver le chemin de la liberté. Vingt évasions réussies sont avérées.
Dès 1942, l’arrivée des internés du camp de Châteaubriant aidant, ainsi que ceux des prisons et des centrales de divers endroits de France, permet à la direction politique clandestine de s’organiser. Un poste de radio, ramené clandestinement de Châteaubriant, permet de rester au fait de ce qui se passe au-delà des barbelés. Contacts avec l’extérieur, patient travail d’infiltration et vigilance sont les ingrédients de base pour la recette de l’évasion à laquelle chacun aspire. La Résistance assure la préparation des planques et des filières en même temps qu’elle établit des faux papiers.

11 juin 1942 : de l’hôpital de Chartres
- Abel DEMORY.

18 juillet 1942 : cachés dans une remorque de madriers chargée au camp et livrée chez un marchand de bois de Voves.
- Lucien BRUN, Robert DELOCHE, Emile DESSUIE, Charles SIQUOIR.

15 août 1942 : caché dans une malle qui est emmenée à la gare de Voves. Deux gendarmes sont assis dessus.
- Adolphe LEGEAY.

9 janvier 1943 : « Evasion des Gendarmes », 10 internés sortent par la porte du camp, normalement, ...déguisés en gendarmes. Et les gendarmes - les vrais - sont obligés de lancer des avis de recherches !
- André BOLZE, Emile CHESNE, Louis DUBOIS, Pierre ESTRADERE, Albert JAOUEN, Eugène KERBAUL, Pierre LE QUEINEC, Georges PAYSE, Roger SEMAT, René SENTUC.


Témoignage de Louis DUBOIS


14 février 1943 : de l’hôpital de Chartres
- Alain LE DEM et Joseph MONTFORT.

14 juillet 1943 : du lieu de travail situé hors du camp
- Maurice COUVREUR.

5 août 1943 : pendant les travaux de renforcement de la clôture
- Emile CAUX et Louis PIETRI.

26 août 1943 : de l’hôpital de Chartres
- Augustin DUJARDIN.

04 octobre 1943 : caché sous une camionnette
- Lucien VARNIZY.

12 octobre 1943 : du cabinet du dentiste
- Jean GOUDOUR.

17 octobre 1943 : non rentré de permission
- Alphonse DELAVOIS.

22 octobre 1943 : de l’hôpital de Chartres
- Louis LARBALESTIER, Léon LE COUSTILLER, Jean PERENNEZ, Maurice ROQUET Frédéric SERAZIN, Raymond VAYER.

10 novembre 1943 : au cours d’une corvée... et prenant soin d’annoncer son départ par lettre.
- Georges CHEREL.

10 janvier 1944 : dans une charrette de détritus
- Raymond SEMAT.

31 janvier 1944 : dans un tonneau de vinaigre
- Louis NAMY.


Témoignage de Louis NAMY sur son évasion en janvier 1944


10 février 1944 : La direction clandestine du camp reçoit une demande : « trois jeunes doivent s’évader,... ». Chaque jour une corvée va soigner un porc, dans Voves, appartenant à l’un des gardes civils : trois hommes s’évadent... un sacré « tour de cochon ».
- Alphonse JAROC , Jacques PLESSIS, Rino SCOLARI.

11 février 1944 : non rentré de permission
- Maurice NILES.

11 février 1944 : non rentré de permission
- Robert GILLES.

Nuit du 5 au 6 mai 1944 : Dans la nuit du 26 au 27 avril 1944 le camp est bombardé dans sa partie occupée par les gardiens (de l’autre côté de la route). Le bilan est lourd : 19 tués et de nombreux blessés. Les internés, après avoir aidé aux soins des blessés demandent et obtiennent de creuser des tranchées abris. La terre d’un souterrain vient s’y mêler. En cette nuit du 5 au 6 mai 1944, la lune est pleine. A minuit, les gendarmes procèdent à un contre-appel. Quatre heures plus tard, 42 internés ne répondent pas à un nouveau contre-appel. Ils sont en route vers la liberté après avoir emprunté ... tout gentiment ... un tunnel long de 148 mètres dont le creusement a commencé le 19 février 1944. Tout : depuis l’électricité à l’aération, y fonctionne, étudié avec minutie. Que de prouesses, quel exploit, réalisé par ces bâtisseurs de liberté

- François ARVOIS, Jean AUBERT, Eugène AVAULEE, Henri BARRON, Robert BEL BILLOUD, Alfred BUCQUET, Marius BUISSON, Albert CARN, Jean CHANAT, Gabriel CHARPENTIER, Lucien COLOMER, Henri CROTTI, Alexis DARE, Zéraphin DELAUTRE, Marcel DELINON, Maurice GIRAUD, Gilbert FEMEAU, Georges GABET, François FASSART, Jacques DARMET, Roger HARTMANN, Jean LE COZ, René LELONG, Alfred LEMAITRE, André MONPEURT, Raymond MOREL, Louis PERON, Fernand PICONNIER, Louis REIX, Armand RELAUT, Jacques REMERMIER, Marcel RIGAULT, Albert ROUSSEL, Lazare SCHKLARTSCHIK, Henri SEGAL, Maurice SIMONDIN, René SENTUC, Charles SIQUOIR, Jordano STROPOLLO, André THIBAULT, Raymond TOURNEMAINE, Etienne VOLANT.


Témoignage d’Albert CARN

Témoignage d’Henri CROTTI (Le 42ème avec mission de fermer le trou)

Témoignage d’André THIBAULT


06 mai 1944 : de l’hôpital de Chartres
- Alphonse BALCAN

La détention chargée de casser ces hommes ne fait que les rendre plus forts, plus courageux. Le travail et les corvées, les multiples compétences des internés, l’ingéniosité propre aux hommes privés de liberté se conjuguent pour permettre l’évasion. Parvenus à l’extérieur, la plupart des 82 évadés fournissent des cadres à la Résistance et jouent des rôles importants dans les combats de la libération.


Sources :
- Archives Départementales d’Eure-et-Loir
- Archives du Comité du Souvenir du Camp de Voves
- André MIGDAL, Les plages de Sable Rouge, NM7 Editions, 2001
- André MIGDAL, Chronique de la base, Editions Auteurs du Monde, 2006
- Etienne EGRET, Ami entends-tu ? Histoire d’un camp de concentration en terre de Beauce, Comité du Souvenir du Camp de Voves, 2001

Comité du souvenir de Voves


[1FSGT : Fédération Sportive et Gymnique du Travail ( http://www.fsgt.org/ )


 
 
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