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THIBAULT André pour Voves

Témoignages des évadés de Voves par un tunnel dans la nuit du 5 au 6 mai 1944

« Dans la nuit du 5 au 6 mai 1944, le Camp de Voves vivait sa nuit la plus longue. Dans les baraques silencieuses, sans lumière, s’accomplissait la plus audacieuse évasion : un exploit surhumain.

Qui savait que, depuis trois mois, un tunnel était creusé ? Qui savait le courage absolu confronté à la terre profonde, froide, gluante ? Cette terre beauceronne mélangée à la sueur, collée aux pieds trop lourds, pour donner vie aux espoirs entreposés dans ce camp aux dents de barbelés, aux yeux de miradors...

Des châlits à peine défaits, une forme un peu vague sous une couverture, c’est une silhouette pour présenter un semblant de corps endormi.

Et tous ces cœurs qui battent à en faire éclater les baraques !

Et ces mains qui répètent les gestes convenus, appris depuis des lustres comme pour garnir une galerie de fantômes. Quand l’esprit n’a pas toutes les réponses.

Mais quelle réponse à donner quand il faut cheminer sous la terre sans connaître son sort, sans connaître le bout du tunnel.

Parler d’automatisme, de détermination ?

Avez-vous parcouru, sur le ventre ou bien à quatre pattes, un boyau sous terre, long de 148 mètres, un trou noir et profond comme une fin du monde ?

Savez-vous les odeurs de la terre quand elle bouge au passage d’un corps, comment elle s’éparpille et comment elle dessine une empreinte ?

Une de ces empreintes, nous fait revivre son évasion :

Les rendez-vous sont là... Anxieux, les groupes formés... L’impatience et l’angoisse. Espoir et peur mélangés.

De nouveau le feu vert s’allume... C’est bon signe. Voici mon tour, il me faut avancer. Je descends... Je me perds dans cette immensité du vide... Je disparais dans le néant.

A quelques mètres, derrière les barbelés, le ciel apparaît soudain. L’air est vif, il me donne un instant l’impression de l’ivresse. Ma tête tourne autant que mes yeux qui cherchent l’horizon.

La guérite du gendarme est bien près de moi... Je vois les barbelés... Mais je suis au delà de l’enclos.... Mes pieds traînent dans le sillage des autres évadés... Ceux qui ont déjà disparu.

A présent, moi aussi je suis libre, moi aussi j’ai réussi. En cet instant, je suis prêt d’exploser mais si fier. Tout semble être fini mais tout va recommencer pour moi, car mon combat recommence à l’assaut des libertés, de la paix à refaire.

Dans la nuit du 5 au 6 mai 1944, le Camp de Voves entrait dans notre histoire. Quarante-deux internés s’évadaient. Et moi, André THIBAULT, j’y étais. »


 
 
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