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CARN Albert pour Voves

Le souterrain de la liberté

La première question qui nous vient évidemment à l’esprit était : Où creuser ce souterrain avec des chances de réussite, en considérant qu’il n’était plus question d’envisager l’entreprise en partant d’une baraque relativement proche des barbelés qui entouraient le camp. Après bien des réflexions, des discussions, la décision fut prise de prendre comme point de départ le bâtiment des douches qui se trouvait sensiblement au centre de camp ; c’est si vrai qu’il nous fallut creuser "129 mètres" avant de déboucher au delà des barbelés. Ce fut une entreprise peu commune qui exigera beaucoup de peines, de courage, d’audace, de vigilance, et d’imagination inventive au fur et à mesure où avançaient les travaux. Mais n’anticipons pas, soulignons tout d’abord que le choix du bâtiment des douches ne résultait pas seulement du fait qu’il n’y avait pas d’autre lieu possible. Nous considérions aussi que la vigilance de nos gardiens serait moins grande, car l’idée d’un souterrain partant d’un tel lieu ne leur viendrait sans doute pas à l’esprit, par ailleurs les douches étant un lieu fréquenté, les allées et venues des équipes qui, demain, devraient s’y rendre à tour de rôle n’apparaîtraient pas anormales.

La première condition pour utiliser ce lieu exigeait que les hommes du travail habituel aux douches : chauffage, nettoyage, fussent informés et nous donnent toutes garanties de solidarité morale et politique. Tout allait bien de ce côté. C’étaient nos bons camarades THIBAULT, PICONNIER, SIMONDIN qui assumaient cette tâche. Le coup d’envoi pouvait donc être donné. Il consistait à faire sauter la chape de ciment à l’extrémité de l’allée qui séparait les stalles des douches, à y sceller un châssis de cornière dans lequel, maintenu par des tenons mobiles, se présenterait une goulotte de bois identique à toutes celles se trouvant dans le camp à l’intersection des canalisations d’écoulement des eaux, un couvercle de ciment, encastré dans ce châssis, couvrait le tout. Notre installation de départ avait donc l’aspect le plus naturel possible. A quiconque aurait soulevé la dalle, rien d’apparemment louche ne pouvait apparaître. C’est notre camarade Marcel DELIMON d’Auxerre qui donna le premier coup de marteau pour l’exécution de cette première phase de notre entreprise.

La deuxième phase consista à creuser sous cette dalle, la goulotte amovible étant enlevée, une cheminée à une profondeur appropriée, de même qu’à creuser sous le plancher des douches, solidement étayé, une cavité servant de dépôt provisoire de la terre abattue avant son évacuation. Tout cela fut chose faite assez rapidement. Dès ce moment, l’un des problèmes les plus difficiles que nous eûmes à résoudre fut celui de l’évacuation des terres. Nous y avions longuement songé, sans mesurer parfaitement l’extraordinaire volume que peut prendre une terre devenue meuble. Un moment, nous avions pensé l’accumuler dans le local de désinfection attenant aux douches, son accès étant possible par une petite fenêtre donnant dans ce bâtiment. Nous y renonçâmes c’était par trop risqué, ce local pouvant être visité. Une autre solution fut retenue. Elle consistait à accumuler la terre de terrassement à l’intérieur du bâtiment des douches et à l’évacuer à des moments appropriés. Pour ce faire, on fit, avec l’aide de nos camarades menuisiers, un double plafond très solide au-dessus de celui de la salle de déshabillage uniquement constitué de plaques de fibrociment. C’est là qu’était accumulée la terre avant l’évacuation vers l’extérieur. Tout au début des travaux, cela ne posa pas trop de problèmes, nous parvenions à l’évacuer dans la journée, en prenant toutes les précautions qui convenaient. Pour rendre cette opération possible, nous avions creusé deux tranchées aux abords des douches, l’une contiguë à la porte, l’autre très proche et cela dans le but fictif de réparer des canalisations. Mais au fur et à mesure que le travail s’accélérait et que le volume du terrassement s’accroissait, cela devint plus difficile. C’est ainsi qu’on procéda au stockage dans le plafond et que l’évacuation se fit désormais la nuit. Cela ne se faisait pas sans dangers, entre deux rondes de gendarmes dans les baraques, rondes qui avaient lieu toutes les deux heures. Après la ronde de minuit, on voyait se mouvoir dans les baraques les camarades désignés pour cette tâche. Ils se glissaient dans les douches, montaient dans le double plafond, faisaient glisser la terre dans une goulotte tapissée de couvertures pour éviter le bruit, une lessiveuse en bas recevait le chargement, la porte des douches s’ouvrait furtivement et la terre était déposée sur le rebord de la tranchée extérieure. Il fallait faire ce travail silencieusement, faire vite pour remettre tout en ordre, faire que tout soit propre et rejoindre sa paillasse avant la ronde de deux heures. Pour que le volume de la terre ainsi projetée à l’extérieur sur le rebord de la tranchée ne s’accroisse pas anormalement, une équipe était chargée dès le matin d’en évacuer une grande partie, ils la répandaient pour boucher les trous des chemins ou autre, nous en avons même utilisé pour créer un jardin potager.

Revenons à notre souterrain, car à ce stade de l’évacuation des terres, il convient de voir aussi comment nous travaillions sous terre, comment nous progressions, quelles difficultés nous devions vaincre, quelles solutions nous adoptions pour les surmonter. Pour creuser le souterrain il fallait s’efforcer de travailler avec le minimum de bruit. Pas question notamment d’utiliser de petites pioches tout coup dans le sol résonnant étonnamment, la terre était donc découpée avec un outil acéré fixé au bout d’un manche approprié, outil fabriqué par nos propres soins dans l’atelier du camp. Au début de la percée, nous utilisions un moyen rudimentaire pour dégager la terre abattue, une simple bassine tirée à la main, puis un peu plus tard par une corde cela nous suffisait. Mais au fur et à mesure où nous avancions, cette bassine devenait de plus en plus difficile à ramener du fond. Nous avons alors utilisé successivement les petits traîneaux, puis des petits chariots, munis de larges roues de bois, construits par nos soins grâce à l’habileté d’un camarade menuisier. L’amélioration de notre technique se faisait sur le tas en fonction des difficultés rencontrées. Les petits chariots furent utilisés par nous jusqu’au bout. Il était important que nous ayons trouvé cette solution car désormais, notre travail allait quelque peu s’accélérer. En effet il fallait à présent élargir la petite équipe du début pour que des roulements puissent s’établir dans le travail Le moment était aussi venu de confier le percement du tunnel à des mineurs de profession, nombreux parmi mes camarades du Nord présents dans le camp. Ce qui fut fait avec bonheur. Si la trouvaille du chariot était une bonne chose, il n’était pas question cependant de le tirer sur de grandes longueurs ; c’est pourquoi furent creusés en quinconce tous les 20 ou 30 mètres des niches dans les parois du tunnel, dans chacune d’elle se trouvait un camarade. Partant du fond du souterrain au signal des mineurs, le chariot, muni de crochets et de cordages, était tiré de niche en niche jusqu’ à l’origine de départ.

Nous eûmes bien d’autres problèmes à résoudre. Tel celui du boisage. Le souterrain passait sous le stade où se déroulaient les activités physiques. Bien que nous ayons pris des précautions en creusant pour ne pas être trop prés de la surface, on pouvait toujours craindre, au’ au cours d’une partie de ballon par exemple, la route ne s’effondre découvrant encore une fois notre audacieuse entreprise et puisse mettre en danger la vie de ceux qui d’entre nous se trouvaient sous terre. Il fallut donc trouver du bois. Il y avait dans le camp une baraque inoccupée en raison de son emplacement. Elle recevait fréquemment des visites pour des prélèvements de morceaux de cloisons et de plancher, pour le chauffage des baraques qui faisait cruellement défaut. Les droits communs et gangsters de toute nature, compagnons indésirables et adversaires acharnés des Internés politiques et résistants, se montraient très actifs en la matière, un jour nous mîmes le holà à leurs visites. Le prélèvement devient alors notre monopole, les planches coupées sur mesure trouvèrent place pour étayer tout le souterrain. Nous étions contraints de percer la route, de place en place, d’un orifice petit au sommet, pour éviter sa découverte, évasé à la base. Désormais quand nous entendions nos camarades marcher et courir au-dessus de nos têtes « ce qui était impressionnant au début » nous avions moins de crainte de l’accident. Nous avons eu à résoudre aussi le problème de l’éclairage du souterrain, du fil électrique fut prélevé partout où il s’en trouvait de disponible et le problème fut résolu. Nous avons eu besoin de cordes. Elles furent tressées dans le camp par nos camarades espagnols, habiles à faire des tresses pour espadrilles. Gare aux sacs à patates ou autres qui se trouvaient dans le camp, ils disparaissaient comme par enchantement, défaits fil à fil, ils se transformaient en tresses qui devenaient nos cordages. Ainsi se résolvaient nos problèmes techniques, cependant l’évacuation de la terre nous préoccupait beaucoup, le système sur deux tranchées extérieures pouvait paraître naturel pendant un certain temps, mais devenir très suspect à la longue, car notre entreprise dura 2 mois 1/2. Ce sont les aviateurs anglais qui allaient nous permettre de résoudre au mieux cette question. Le camp de Voves était un lieu de passage de l’aviation anglaise. La nuit il nous arrivait d’entendre les escadrilles passant au dessus de nos têtes, ce bruit sourd dans le ciel nous réjouissait car nous savions que ces escadrilles allaient opérer l’œuvre de destruction du potentiel des armées hitlériennes. Il y avait aussi des passages en plein jour. C’est ainsi que nous avons vu avec tristesse la chasse allemande abattre un de ces avions, les pilotes descendus en parachute sur la plaine de la Beauce et se faire ainsi prisonniers à proximité du camp. Un jour, pour des raisons qui nous sont restées inexpliquées, l’aviation anglaise vint mitrailler le camp, l’avait-on pris pour une base allemande ? Ou avait-on d’autres motifs ? Nous n’en savons rien, toujours est-il qu’il n’y eut aucun Interné de touché et qu’il nous parut que le mitraillage était particulièrement dirigé vers la partie du camp où étaient logés les gendarmes. C’est si vrai que l’un d’entre eux y laissa la vie. Cette affaire souleva une émotion considérable parmi nous, nous pensions l’avoir échappé belle. Comme nous n’étions pas à l’abri des récidives, des démarches expresses furent faites auprès du directeur du camp pour exiger des moyens de protection. C’est ainsi que nous fûmes autorisés à creuser des tranchées abris.

Comme on le devine, de nombreuses virent le jour dans les parages du bâtiment des douches. Il y eut des buttes de terre partout, dès ce moment nous pouvions procéder à nos évacuations avec infiniment moins de risque. A ces problèmes techniques que nous eûmes à résoudre tout au long d’un travail de titan s’ajoutaient des problèmes humains, qu’on s’imagine ce que représentait pour des hommes sous alimentés, et ce en dépit des petits suppléments alimentaires que nous leur procurions, de travailler sous terre à tour de rôle et aussi en surface pour l’évacuation de la terre, il ne fut pas toujours facile de tenir le coup. Il faut aussi considérer la tension qu’entraînait la vigilance de chaque instant dont il a fallu faire preuve. Veiller à ce que ne s’élargisse pas, même parmi tous nos camarades, le cercle de ceux qui étaient au courant de l’opération, une maladresse, un bavardage, pouvant tout compromettre. La vie dans le camp continuait comme avant, les écoles, à titre d’exemple, fonctionnaient, il fallait faire en sorte que ceux des nôtres qui étaient impliqués dans les travaux y participent comme d’habitude, de même qu’à d’autres activités, d’où la nécessité de l’élaboration d’un roulement bien étudié.

Vigilance à l’égard des droits communs, partisans de la « belle » comme ils disent dans leur langage et prêts à toutes les trahisons, à toutes les lâchetés. Vigilance à l’égard de nos gardiens patentés, « les gendarmes » Pendant toute la durée des travaux nous avons eu un système de surveillance extérieur au bâtiment des douches très strict. Chaque mouvement de gendarme quittant la partie du camp qui leur était réservée vers la nôtre était aussitôt signalée et l’alerte donnée.

Il arrivait qu’à tel ou tel moment, l’on procédait dans les douches au transfert de la terre accumulée dans la cavité que nous avions creusée au-dessous du plancher vers le double plafond, en prévision d’une inspection des gendarmes signalée, il fallait bien vite rouler et ranger les toiles étalées sur le ciment pour éviter toutes traces de terre, faire disparaître les seaux de bois qui servaient pour ce transport, monter l’échelle dans le double plafond, nous eûmes plusieurs fois à vérifier que tout était au point en cette matière. Il arriva aussi que les gendarmes inspectent les douches alors qu’une équipe travaillait sous terre, l’alerte était donnée par l’extinction de la lumière et tout mouvement devait cesser dès ce moment, au dessus, nos deux camarades responsables du fonctionnement des douches, vaquaient à leurs occupations comme si de rien n’était. Que d’émotion nous avons eue, que de craintes de voir notre entreprise découverte. La plus grande frayeur que nous ayons eue fut consécutive à la libération du camp’, d’un des mineurs qui jusque là avait creusé le tunnel avec cœur. Dès que nous apprîmes la nouvelle, l’ordre fut donné de cesser aussitôt toute activité, nous nous disions va-t-il nous dénoncer ?

Dès le lendemain, nos craintes semblèrent se confirmer, quand nous vîmes un groupe de gendarmes se dirigeant vers le lieu de notre entreprise. Pourtant, à notre grand soulagement c’est dans la baraque, presque contiguë aux douches, là ou notre mineur avait séjourné, qu’une fouille très sérieuse eut lieu sans résultat d’aucune sorte. Bien entendu, les gendarmes avaient-ils été orientés sur cette fausse piste, ou étions-nous en face d’une coïncidence, en tout cas l’alerte fut très chaude et notre cœur mis à rude épreuve. Le calme revenu, le travail reprit. Nous approchions du but.

« L’aide extérieure »

S’évader était une chose difficile, périlleuse parfois, elle posait, nous l’avons souligné, de nombreux problèmes, sa pleine réussite supposait une aide extérieure, notamment pour le premier hébergement, pour la première "planque" qui pourrait nous mettre à l’abri des recherches intensives qui ne manqueraient pas de se produire.

L’organisme central, chargé par la direction du Parti de se préoccuper et d’aider aux évasions partout où cela semblait possible, était informé de notre entreprise. Au plan local nous eûmes la chance que la traduction pratique de cette aide fut confiée à notre camarade nantais « Ingénieur » je crois, qui séjourna parmi nous et s’évada de l’Hôpital de Chartres où il avait été hospitalisé, il assumait la responsabilité de groupes de la Résistance dans la région, il avait donc une vue concrète de notre situation, ce qui ne pouvait que faciliter les choses. La liaison établie, nous fûmes, à quelque temps de là, informés que des planques avaient été trouvées pour une centaine d’évasions. Nous ne pûmes retenir à regret ce chiffre, car il eut rendu l’évasion impossible étant donné le délai limité dont nous disposions entre deux rondes de gendarmes. « Minuit-deux heures » pour quitter le camp sans donner l’alerte. Sur la base d’une telle information les quarante-deux camarades qui s’évadèrent furent organisés en équipe de trois ou quatre.

Chaque groupe connaissait le lieu de sa planque. Chacun était doté d’un fragment de carte et d’une boussole pour s’orienter correctement. De l’extérieur, nous furent également fournies de fausses cartes d’identité, à charge pour nous de résoudre le problème de la photo, ce que nous réussîmes à faire. Ces cartes, aussi imparfaites qu’elles étaient sans doute, pouvaient servir pour le déplacement après les quelques jours passés dans la première cachette. Fin Avril, tout était prêt pour le départ, il fallait se décider d’autant plus que selon certaines informations, il était question d’un déplacement du camp ou d’un transfert des Internés vers un autre camp, un certain nombre d’entre nous avaient déjà été, dans les semaines précédentes, transférés au camp de Pithiviers. Il fut donc décidé que nous partirions dans la nuit du 5 Mai 1944. Nous escomptions une nuit voilée, car, outre le danger du mirador, l’orifice de sortie du souterrain ne débouchait pas très loin du chemin de ronde à l’extérieur des barbelés et de la guérite où se mettait le gendarme quand il ne faisait pas les cent pas.

Hélas !! En guise de la nuit voilée escomptée le ciel s’avérait être clair. Je me revois avec SENTUC et PERON examinant le ciel avant l’ultime décision. Après discussion nous tirâmes la conclusion qu’il n’était plus possible d’attendre, le sort en était jeté. Le signal fut donc donné à chacun des participants à l’entreprise. Il fut convenu que chacun se coucherait tout habillé ; les vêtements de ville recouverts de bleus de travail ou de vieilles nippes, pour éviter de se retrouver à l’extérieur tout souillé de terre, chacun ayant à sa portée une petite ration de soutien ; quelques biscuits, des morceaux de sucre, car il faudra beaucoup marcher dans la plaine de la Beauce. Après la ronde de minuit, les paillasses furent désertées et chacun avec précaution rejoignit le lieu du départ, « le bâtiment des douches » tant de fois cité tout au long de ces pages. La pénétration dans le souterrain se fit d’une manière très ordonnée, groupe après groupe. Arrivé à l’extrémité, il n’était pas question de sortir sans précautions au risque d’alerter le gendarme de garde. Pour éviter toute surprise, nous avions imaginé une signalisation lumineuse, une sorte de va et vient. L’arrivée d’un groupe au fond du souterrain était signalée par une petite lampe dans les douches. Un camarade installé sur le muret d’une stalle des douches surveillait les allées et venues du gendarme sur le chemin de ronde, à sa position la plus éloignée de l’orifice de sortie, il donnait à son tour le signal de départ et ainsi de suite.

Les minutes dans ces circonstances semblent des heures. Vint le tour de notre groupe qui était composé de : SENTUC de notre guide ARVOIS, de BARON et de moi-même ". Je crois que nous fûmes les derniers à quitter les douches, les heures avaient tourné, on ne franchit pas rapidement un tel souterrain en s’aidant des coudes, il fallait donc se hâter.

Enfin nous nous retrouvâmes rampant dans la plaine de la Beauce. « Je me souviens du sentiment d’exaltation qui s’empara de tout mon être, me mettant sur le dos, je jetais mon regard vers le ciel, il me semblait que ce n’était plus le même, je proférais des imprécations silencieuses contre tous ceux qui, depuis quatre ans bientôt, m’avaient imposé la vie concentrationnaire. Cela ne dura que l’espace d’un instant ». Après avoir rampé dans le champ qui entourait le camp, puis marché une certaine distance en nous inclinant, nous nous redressâmes pour allonger le pas. Bientôt l’alerte serait donnée et nous avions encore un long chemin à parcourir. Notre groupe fut guidé de main de maître par notre camarade ARVOIS.

Je me souviens d’être arrivé épuisé, en sueur, à la vieille maison qui allait nous abriter pour quelques jours. Nous étions heureux bien que tous les dangers n’étaient pas écartés. Il avait été convenu qu’un contact serait établi avec nous au soir de notre évasion. Aussi attendions-nous avec une certaine impatience. « Rien ne vint cette nuit-là ». Nous nous couchâmes dans la paille. La journée du lendemain nous parut interminable, chaque bruit nous trouvant tendus, Vint la nuit à nouveau et nous entendîmes le signal convenu, notre contact sifflait : « Au clair de la lune » nous devions répondre : « J’ai du bon tabac ».

L’émotion rendit cette simple chose « difficile ». Enfin nous fûmes réunis. Après avoir informé notre contact sur le déroulement des opérations, défini comment allait s’opérer la deuxième phase pour nous qui voulions rejoindre Paris, nous nous jetâmes goulûment sur les provisions qu’on venait de nous apporter ; le maigre baluchon que nous avions en partant étant épuisé depuis la veille. Nous restâmes deux ou trois jours dans notre cachette, notre groupe se scinda en deux, ARVOIS et BARON partirent les premiers, je restais avec René SENTUC.

Dans notre solitude, mon esprit se tournait vers nos camarades restés derrière nous au camp ; « Je pensais très fort au camarade juché sur ce muret de douches qui donnait le signal pour déboucher du souterrain, nous lui avions confié la tâche de remettre tout en ordre, de fermer l’orifice par lequel nous nous glissions sous terre ; précautions nécessaires pour troubler les recherches au moment bientôt proche où serait constatée notre évasion. »

Quels étaient ses sentiments dans ces instants de grande tension, je ne le sais pas, aujourd’hui encore, avec le recul du temps je salue son courage, son dévouement à la cause de la Résistance, car lui aussi aurait aimé sans doute se glisser dans le souterrain pour trouver la liberté. Vint le moment pour SENTUC et moi-même de quitter notre cachette pour rejoindre Paris. Nous avons cheminé, l’esprit aux aguets. Nous avons pris le train qui devait nous conduire en gare d’Austerlitz.

Ce parcours me parut interminable, je craignais toujours un contrôle en cours de route. Tout se passa bien. Arrivés en gare d’Austerlitz, nous eûmes une sérieuse émotion, la porte de sortie était flanquée de deux hommes, notre esprit ne fit qu’un tour ; c’était sans nul doute la police. Nous allions subir le contrôle appréhendé, il n’en fut rien, notre cœur pouvait retrouver un rythme plus normal. Nous nous quittâmes sur le pont d’Austerlitz après nous être embrassés comme deux frères de combat, chacun se dirigeant vers le lieu où il était attendu.

Ici commençait une autre étape de notre lutte pour la Libération de notre pays »


 
 
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