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NAMY Louis pour Voves

Témoignage de Louis NAMY sur son évasion en 1944.

« Un bref retour en arrière, au camp de Voves.

Nous avions décidé pour célébrer Noël 1943 de faire un repas en commun, inter-baraques en regroupant toutes nos misères alimentaires.

A mes côtés, un jeune de la baraque 28. Je lui offre une part de mes rations.

J’imagine aider mon fils.

Comment lui faire partager mon émotion : un secret lourd à porter, car, pour moi, ce sont mes derniers moments à vivre au camp.

L’heure est venue de me préparer, de me consacrer à ma prochaine évasion. Elle est décidée, programmée. Reste à l’accomplir.

Dernier Noël auprès de mes frères, de tous mes camarades. Pas de regrets, que des espoirs de savoir chacun des internés bientôt libres. Les temps changent. Les victoires couleur brune sont loin à présent.

Mes responsabilités au camp étaient multiples, énormes : direction politique, direction militaire, gérer l’ensemble des internés sans que jamais personne ne le sache, contrôler, s’informer de tout ce qui pouvait venir du ministère de l’intérieur vichyste (les ordres répressifs, les listes destinées à la déportation, les transferts pour ailleurs). Que sais-je encore ?

Heureusement, nous avions des informations en provenance de notre radio clandestine concernant les nouvelles nationales ou internationales, sans négliger également des antennes auprès du bureau du camp où se décidait notre sort.

Ce poste clandestin, si précieux pour nous, était arrivé sans dommage, avec les internés du Camp de Châteaubriant. Il nous permettait d’avoir des informations aussi bien de Londres que de Moscou, de Paris, de Brazzaville...

Chaque soir, dans les baraques, ces nouvelles étaient rediffusées par un interné qui prenait place derrière une boîte en carton représentant un poste de T.S.F. [1]

L’ordre est donné, je dois partir. Glissé dans un tonneau trafiqué, c’est l’arrivée à la gare de Voves, l’enregistrement sur le quai... Une expédition hors du commun vers un destinataire insaisissable. Voilà de quoi demander à son cœur une maîtrise bien difficile.

Les gendarmes s’en vont... Les oreilles aux aguets... C’est le silence. C’est le moment de sortir de mon tonneau.

C’est le moment de retrouver l’air libre. Ma première planque. Mes contacts. Réintégrer les rangs de la Résistance quelque part où l’on m’attend avec une certaine angoisse quand même.

Je serai désigné pour couvrir les départements du Poitou, du Bordelais, du Lot-et-Garonne.

Combien d’hommes et de femmes appliqueront mes ordres dans les maquis, les villes, les villages de ces provinces ?

Avec toutes celles et ceux de ces secteurs, nous aurons bien servi la France, la liberté, notre victoire sur le nazisme.

La paix revenue, la même confiance m’honora dans mes mandats d’élu d’Arpajon, à la Vice-présidence du Sénat ainsi qu’au Conseil général de l’ancienne Seine-et-Oise.

Mes titres de gloire : servir mon pays. Mes idées : faire en sorte qu’il n’y ait jamais plus de guerre, de camps de concentration... »


[1TSF : Télégraphie Sans Fil (Poste de radio)


 
 
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