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Rouillé



De septembre 41 à juin 44 [1]

Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) fut ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de « centre de séjour surveillé », pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. Il a été fermé en juin 1944.

Ce camp pouvait contenir 700 internés classés en plusieurs catégories : « politique », « droit commun », « marché noir », « indésirables étrangers ».

Les internés étaient logés dans les baraques en bois. Situé face à la gare de Rouillé. Le camp, couvrant une superficie de 1,5 hectare, était entouré d’une double rangée de fils barbelés entre lesquels couraient des entrelacs de ronces qui rendaient difficile toute tentative d’évasion.
Deux miradors permettaient de surveiller l’ensemble.

Les conditions matérielles et sanitaires restèrent mauvaises pendant les trois ans.

La nourriture était presque exclusivement végétarienne. Aussi un rapport médical révèle-t-il « pas d’avitaminose, mais quelques alcaloses par nourriture trop végétarienne qu’un quart de vin combattrait... ». Hélas ! Le vin était une denrée rarissime en novembre 1942 !

Quatre baraques servaient de dortoirs.

L’effectif total fut très variable :
- 149, le 6 septembre 1941 ;
- 336, le 7 octobre 1941 ;
- 577, le 2 décembre 1941 ;
- Puis 593, le 23 février 1942 (86 « Droit commun », 34 « Marché noir », 473 « Politique » et « Etranger » ;
- 638, le 28 novembre 1942 (c’est le maximum) ;
- 274, le 18 novembre 1943 (c’est le minimum) ;
- 379, le 9 juin 1944 avant l’attaque par les FTP [2] du 11 juin 1944.

Le personnel de service comprenait 55 gardiens en avril 1942, on dénombrait 20 gendarmes, 8 policiers d’Etat et 36 gardiens auxiliaires. Il y eut toujours un gardien pour 6 ou 8 internés.

Sur 677 internés politiques recensés, nous n’avons pas pu déterminer le département d’origine pour 54 d’entre eux (8 % étrangers, combattants républicains espagnols et antifascistes italiens), 44 internés politiques viennent de la Vienne. Ils sont arrêtés avant les fêtes nationales (6,5 %).

Les autres départements d’origine par ordre d’importance furent :
- La Seine, 224 ; la Seine-et-Oise, 41 ; la Seine-et-Marne, 13 ; soit 41 % pour la région parisienne ;
- La Loire Inférieure, 78 ; soit 11,5 % ;
- L’Aube, 29 ; le Pas-de-Calais, 22 ; le Cher, 22 ; la Côte d’Or, 20 ; l’Indre -et-Loire, 17 ; les Deux Sèvres, 16 ; la Nièvre, 13 ; soit 20,5 % ;
- Et le reste : 84, soit 27 %.

Sur 620 internés dont la profession est indiquée (celle exercée au moment de l’arrestation), on note :
- Ouvriers, cadres de la métallurgie, 22.5 % ;
- Chauffeurs et mécaniciens, 0,3 %,
- Manœuvres et ouvriers spécialisés, 7,8 % ;
- Cheminots à la SNCF [3] , 4,7 % ;
- Ouvriers du bois, 5,1 % ;
- Mineurs, 4 % ;
- Et 44,4% de professions inconnues

Deux internés sur cinq étaient originaires de la région parisienne et un sur quatre travaillait dans la métallurgie.

Enfin, il nous faut constater que plusieurs français juifs étaient internés comme communistes. Les Allemands les recherchent en juillet 1942. Ceux qui furent hospitalisés pour se soustraire au départ vers le camp de concentration restèrent très surveillés à l’Hôtel Dieu de Poitiers.

Les professions permettent de comprendre aussi la recherche des spécialistes ou des travailleurs pour l’organisation Todt [4] à Royan ou La Rochelle. Le grand départ pour Royan eut lieu le 10 décembre 1943.

Pour les internés politiques arrivés à Rouillé entre le 6 septembre et le 31 décembre 1941, on peut faire plusieurs remarques. Il y eut très peu de libérations en septembre 1942 et en juillet, un seul.
Deux départs furent importants vers le camp de Voves, le 31 octobre 1942 et le 22 novembre 1943. Un seul départ pour Pithiviers, le 7 avril 1944.

Les évasions se font par petits groupes chez les « politiques », 3 et 5 mars 1942, avril et mai 1943, juin 1944. L’admission à l’hôpital [5] correspond aussi à l’évasion.

Ces internés politiques de 1941 nous intéressent aussi par la date de leur arrestation. Plus de 300 parisiens communistes ont été arrêtés avant le 22 juin 1941 et 71 après l’entrée en guerre contre l’Union Soviétique.

Toutes les arrestations dans l’Aube et dans la Vienne ont eu lieu après le 22 juin 1941.


[1Extrait de l’étude réalisé par M. PICARD - Correspondant du Comité d’histoire de la seconde guerre mondiale - « Le camp de Rouillé, réserve d’otages... », « Les barbelés de Vichy » - Amicale Châteaubriant-Voves-Rouillé.

[2FTP (ou FTPF) : Francs Tireurs Partisans Français

[3SNCF : Société Nationale des Chemins de Fer Français

[4Todt : Du nom de l’affairiste allemand à qui fut confié la réalisation du « mur de l’atlantique ».

[5Les évasions par l’Hôtel Dieu de Poitiers étaient bien organisées par les communistes de la Vienne. Le docteur Cheminée, de Rouillé, faisait admettre à l’Hôtel Dieu les internés malades qui avaient besoin d’une opération ou soins particuliers. Il avait trouvé dans le camp un confrère le docteur Robert Wolfson, de Levallois Perret, communiste et juif, secrétaire de la section du Parti communiste du 17ème arrondissement avant guerre. Il était dans le camp depuis le 10 octobre 1941.



Carte de Rouillé

Mise à jour du 03/10/2006


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