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Voves



Le camp de Voves avant 1942

En septembre 1939, la commune de Voves en Eure-et-Loir compte 2017 habitants. C’est un chef-lieu de canton situé à 23 km au sud de Chartres.
Le réseau de communication y est dense. Outre les liaisons des chemins de fer Paris-Tours par Vendôme, Orléans-Rouen, par Chartres, Voves-Toury, il existe des dessertes routières et une liaison autobus Voves-Toury. Tout cela facilite la circulation des voyageurs et des marchandises dans la région et vers Paris.
Vers la fin du premier conflit mondial, un camp destiné à l’aviation est construit comprenant trois vastes hangars. Entre les deux guerres, ils servent d’ateliers pour l’artillerie.
En 1939, après l’entrée en guerre de la France, plusieurs unités des troupes françaises (DCA, artillerie, génie) séjournent à Voves. Le 16 juin l’Eure et Loir connaît des combats meurtriers ; le 17 juin les troupes allemandes font leur entrée à Voves les 1600 hommes qui y étaient stationnés le 25 mai 1940 ont pu s’échapper.
A partir du 19 juin, les prisonniers français arrivent et sont parqués dans les installations existantes. Le lieu s’appellera désormais « le camp ». Il sera :
- Fronstalag n° 202 en 1940 et 1941 ;
- Centre de séjour surveillé n° 15 de 1942 à 1944.
- Dépôt de prisonniers de guerre de l’axe n°502 de 1944 à 1947.
Dans un premier temps, les infrastructures étant insuffisantes dans le camp, les prisonniers de guerre sont répartis dans d’autres bâtiments (écoles, usine, gendarmerie, abattoirs) tandis qu’un contingent participe à l’édification de la clôture et au réaménagement des baraquements. Par la suite, les départs vers l’Allemagne s’échelonnent sur plusieurs mois. L’abbé PORTAL, curé de la paroisse fait état du passage de 10.000 hommes entre juin et décembre 1940.
Le 15 mars 1941, un contingent de prisonniers nord-africains arrive. Toujours d’après l’abbé PORTAL, ces hommes, au nombre de 3000, sont évacués dans la deuxième quinzaine de juin pour une destination inconnue.
Pendant six mois, le camp reste sans occupant.

L’ouverture du camp de Voves

Le 14 novembre 1941, Pierre LE BAUBE est nommé préfet d’Eure-et-Loir. Le 30 décembre 1941, il écrit au préfet régional : « Je vous signale que pour le camp de prisonniers de Voves, actuellement sous autorité allemande, j’envisage sa transformation en centre d’internement administratif. Le projet est actuellement à l’examen du Ministre ». Le directeur du camp d’Aincourt est d’ailleurs sur place pour modifier les installations dès le 20 décembre 1941. Le camp de Voves ouvre ses portes le 5 janvier 1942 et devient alors « Centre de séjour surveillé ». Doté d’une imposante clôture de barbelés, d’un dispositif de guérites, de miradors, de projecteurs, de fusils-mitrailleurs, le camp est placé sous administration française.
Les directeurs du camp sont bien souvent d’anciens militaires secondés d’inspecteurs de police, aidés de gardes civils et disposant d’une administration civile. Un important détachement de gendarmerie assure la garde. Le tout est supervisé par le préfet, représentant du gouvernement de Vichy, et les autorités d’occupation.
Le camp de séjour surveillé est un camp de concentration parmi d’autres ; c’est un réservoir d’otages où les internés peuvent être :
- sortis et dirigés vers les lieux d’exécution
- transférés, le plus souvent vers Compiègne, pour être déportés en Allemagne.
Les travaux de réaménagement du camp sont confiés aux premiers internés qui arrivent d’Aincourt ; Le chef de chantier est choisi parmi eux. Le camp de Voves n’est conçu que pour recevoir des hommes. Les motifs d’internement sont variables : activité politique illégale, activité résistante, situation d’indésirable (c’est-à-dire souvent « étranger ») et droit commun. Un groupe marque pourtant la vie du camp en imposant son organisation : celui des internés militants communistes. Cette prédominance se retrouve à tous les niveaux : activité clandestine, défense des conditions de vie, création d’une université.... L’arrivée de détenus en provenance de Châteaubriant renforce cette organisation clandestine ; le souvenir des martyrs du 22 octobre 1941 reste dans les mémoires.
De janvier 1942 à mai 1944, près de 2040 internés séjournent à Voves pour des périodes plus ou moins longues qui peuvent aller d’une semaine à deux ans. L’effectif maximum d’internés présents au camp est de 976 en octobre 1942.

Les transferts

La plupart des internés passés par Voves ont déjà séjourné dans d’autres camps ou dans des prisons. Ceci s’explique par les grandes vagues d’arrestation survenues en 1940 et 1941 alors que Voves n’ouvre ses portes qu’en 1942. L’histoire du camp est rythmée par les départs et arrivées d’internés.

Les principales arrivées :
- le 16 avril 1942 : 60 internés en provenance du dépôt de la Préfecture de Police de Paris
- les 23 et 26 avril 1942 : 153 internés en provenance d’Aincourt (Val d’Oise)
- le 4 mai 1942 : 58 internés en provenance de Gaillon (Eure)
- le 5 mai 1942 : 149 internés en provenance d’Aincourt (Val d’Oise)
- le 7 mai 1942 : 424 internés en provenance de Châteaubriant (Loire-Atlantique)
- le 5 juin 1942 : 34 internés en provenance du dépôt et 9 en provenance des Tourelles (Paris)
- le 4 septembre 1942 : 20 internés en provenance de Vaudeurs (Yonne)
- le 9 septembre 1942 : 83 internés en provenance d’Aincourt (Val d’Oise)
- le 31 octobre 1942 : 20 internés en provenance de Rouillé (Vienne)
- le 14 janvier 1943 : 70 internés en provenance des Tourelles (Paris)
- le 16 juillet 1943 : 20 internés en provenance de Rennes (Ille-et-Vilaine)
- le 19 novembre 1943 : 116 internés en provenance de Pithiviers (Loiret)
- le 22 novembre 1943 : 115 internés en provenance d’Ecrouves (Meurthe et Moselle)
- le 30 décembre 1943 : 41 internés en provenance de Laleu (Charente-Maritime)
- le 12 avril 1944 : 11 internés en provenance de Rouillé (Vienne)

Les principaux départs :
- les 10 et 20 mai 1942 : 109 internés à destination de Compiègne-Royalieu (Oise) - 93 font partie du convoi dit des « 45 000 » du 6 juillet 1942 dirigé sur Auschwitz-Birkenau le 6 juillet 1942. On compte 6 survivants en 1945 -.
- le 6 octobre 1942 : 20 internés à destination de La Rochelle (Charente-Maritime)
- le 20 octobre 1942 : 7 internés à destination de Drancy (Seine-Saint-Denis)
- le 31 octobre 1942 : 20 internés à destination de Rouillé (Vienne)
- le 12 octobre 1943 : 42 internés à destination de Romainville (Seine-Saint-Denis)
- le 18 novembre 1943 : 711 internés à destination de Pithiviers (Loiret)
- le 9 mai 1944 : 407 internés à destination de Compiègne (Oise) - la plupart sont dirigés sur Neuengamme via Buchenwald le 21 mai 1944 -

Les évasions

Entre le 11 juin 1942 et le 6 mai 1944, 20 évasions ont lieu, permettant à 82 évadés de recouvrer la liberté.
Ainsi, en janvier 1943, 10 hommes, déguisés en gendarmes réussissent la belle. L’un d’eux, René SENTUC, victime d’une sciatique aiguë, est repris le lendemain... Il s’évade de nouveau en mai 1944.
Le 19 février 1944 commencent les travaux d’un tunnel de 148 mètres au départ de la baraque des douches. Les travaux bénéficient notamment de la compétence de mineurs du Nord et permettent l’évasion de 42 détenus dans la nuit du 5 au 6 mai 1944. Le metteur en scène américain John Sturges et ses scénaristes se sont inspirés de certaines scènes de cette aventure pour le film « The great Escape » (La grande Evasion) en 1963.

Voir « Les évasions du camp de Voves »

La liquidation du camp

Dans la crainte d’un débarquement allié sur le front de l’ouest, les autorités d’occupation préparent les transferts des prisonniers et des internés vers l’Allemagne : on vide les prisons et les camps. Le 9 mai 1944, un détachement allemand arrive de Chartres et procède à la liquidation du camp. Les SS font embarquer les 407 internés encore présents dans des wagons à bestiaux. Le convoi est dirigé vers Compiègne. De là, le 21 mai 1944, les « Vovéens » intègrent un transport d’un millier d’hommes qui prend la direction de Neuengamme via Buchenwald. Enregistrés dans la série des matricules 30.000 à 32.000, ils sont affectés pour la plupart au kommando de Bremen-Farge, et participent à la construction du bunker de la base « Valentin », surnommé le « tombeau des Français ». Les deux tiers des déportés issus de Voves périssent, pour certains dans le naufrage des bateaux de la baie de Lübeck le 3 mai 1945.


Sources :
- Archives Départementales d’Eure-et-Loir
- Archives du Comité du Souvenir du Camp de Voves
- André MIGDAL, Les plages de Sable Rouge, NM7 Editions, 2001
- André MIGDAL, Chronique de la base, Editions Auteurs du Monde, 2006
- Etienne EGRET, Ami entends-tu ? Histoire d’un camp de concentration en terre de Beauce, Comité du Souvenir du Camp de Voves, 2001

Comité du souvenir de Voves



Carte de Voves

Mise à jour du 11/10/2006


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