outil_sculpture
 
 
 
 
 
outil_barbele
retour accueil
outil_jumelle
Retour page précédente

MOYON (abbé) - Témoignage pour Châteaubriant


Les derniers moments des 27 otages avec l’abbé MOYON


Sous bonne garde nazie dans le camp de Châteaubriant les prisonniers sont regroupés dans la baraque 6 ; ils sont vingt-sept auxquels le curé de la paroisse de Béré l’abbé Moyon est chargé d’apprendre l’atroce décision et de passer ces derniers moments avec eux. C’est lui qui recevra leur dernière lettre. De ces heures pénibles l’abbé Moyon a laissé un souvenir émouvant :

« Le premier mouvement des prisonniers marqua de l’étonnement. Un prêtre se présentait à eux donc ils allaient mourir sans trop tarder. M. le curé saisit tout le sens de cet étonnement. Il s’avança vers les prisonniers demanda quelques moments de silence et fit tout de suite la déclaration suivante : Mes amis je ne viens pas ici faire violence à vos consciences et à vos mentalités. Je suis prêtre c’est certain ; si quelqu’un d’entre vous veut utiliser mon ministère je suis à sa disposition mais je tiens par-dessus tout à vous dire que je viens partager vos dernières heures vous aider à faire le grand sacrifice qu’on exige de vous.

Montrez à ceux qui vont vous exécuter tout le courage dont vous êtes capables. J’ajoute enfin que je suis aussi près de vous le représentant des Castelbriantais. Je vous apporte le témoignage de leur profonde sympathie de leur affectueux souvenir. Quant à moi je veux vous dire que je suis votre ami plus que cela votre frère dans l’amour de la Patrie. Je suis à votre entière disposition pour recevoir vos lettres vos commissions vos dernières recommandations.

A peine ces mots étaient-ils prononcés que des « merci » jaillirent. Chacun s’empressa de finir sa lettre pour la lui remettre. Tour à tour les condamnés s’approchèrent me disant leur situation sociale leur situation de famille. Je revois encore M. Timbaud donnant le bras au jeune Moquet. J’ai devant les yeux le beau visage de ce jeune de dix-sept ans. J’entends la déclaration de ce grand garçon me disant : « Je laisserai mon souvenir à l’histoire car je suis le plus jeune des condamnés. »

Je vois devant moi le brave père Barthélémy me parlant de son fils cheminot à Caen. J’entends M. Auffret me parlant de sa femme malade de ses quatre enfants. M. Michels se présenta à moi comme député destitué. Un ancien médecin-major portant sa tenue militaire me confia ses commissions pour sa femme et me dit le grand deuil qu’il venait de subir dans la mort de son petit garçon survenue un mois plus tôt. C’est ainsi que j’ai passé trois quarts d’heure avec les condamnés.

A leur tour ces hommes voulurent me faire une déclaration générale que j’écoutai avec soin.

C’est Charles Michels qui parla pour tous :

« Monsieur le curé me dit-il nous n’avons pas vos convictions religieuses mais nous nous rejoignons dans l’amour de la Patrie. Nous allons mourir pour la France ; c’est à elle que nous faisons le sacrifice de notre vie. Nous voulons mourir pour que le peuple français soit le plus heureux. Notre sacrifice ne sera pas inutile nous le savons ; un jour il produira ses fruits. Au commencement de l’Eglise vous avez eu vos martyrs nous ferons du bien comme les martyrs chrétiens. »

Source : « 50 otages - Mémoire sensible » - Etienne GASCHE - Editions « Petit Véhicule - Nantes »


 
 
Retour haut de page - Accueil - Plan - Contact - Webmaster - Liens - Infos Légales