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Ile d’Yeu


Le 30 avril 1940 , au Fort de la Pierre Levée à l’Ile d’Yeu, 282 élus et militants communistes arrivent de la Région parisienne, en particulier de Baillet.
Ils sont gardés par 81 soldats français et traités comme des bagnards et des bandits. Ils seront transférés à des dates différentes dans différents camps et prisons.


Les internés sont soumis à des conditions particulièrement inhumaines, un régime de droit commun accentué : des chambres de 12 lits pour 34, pas d’eau, pas de sacs de couchage, mais des paillasses, une seule couverture chacun.

Pas de sortie sauf sur les remparts du fort et pas de visites à cause de l’éloignement. Une commission d’hygiène et de sécurité décrit leurs conditions de détention en ces termes :

« L’absence d’installations hygiéniques élémentaires, l’insuffisance de la protection sanitaire, la sous-alimentation, l’absence de chauffage, la pollution de l’eau, l’état lamentable des WC, l’absence de désinfection et la présence de rats, ont créé une situation critique extrêmement grave ... »

Qui sont donc ces 282 hommes auxquels on impose des conditions d’internement aussi inhumaines et insupportables en Vendée ?
Un certain nombre d’entre eux avaient occupé des responsabilités d’élus (députés, conseillers généraux, maires ...) ; c’étaient aussi des militants syndicalistes.

C’est en 2004 qu’Auguste Brunet, dans son livre « Si c’était à refaire ... La résistance en Vendée » (Edition « Le temps des cerises »), après des années de recherches dans les archives, peut faire connaître la liste de ces « oubliés de l’histoire » comme il les nomme, ainsi que le destin de chacun.

Le Parti communiste, bien que victime de la répression, fait de son mieux pour aider les 282 internés de l’Ile d’Yeu arrivés le 30 avril 1940, les femmes et les enfants des prisonniers vivent grâce à la solidarité qui les entoure.

LES INTERNES COMMUNISTES DE L’ÎLE D’YEU DEMANDENT A SE BATTRE POUR SAUVER LEUR PATRIE.

Le 10 mai 1940, les internés au camp de l’île d’Yeu ont appris qu’Hitler passe à l’offensive contre la France.
Une réunion secrète des dirigeants syndicaux et des députés se tient alors, où Racamont est chargé de rédiger une lettre au Président du Conseil. Tenus informés, tous les internés communistes approuvent cette initiative et demandent que cette lettre soit signée, en leur nom, par 6 députés et 5 dirigeants syndicaux dont les noms sont les suivants : Félix Brun, Jean Duclos, Pierre Dadot, Auguste Béchard, Robert Philippot, Renaud Jean, Julien Racamont, Henri Raynaud, Edouard Fink, Charles Garcia, Henri Becker.

Texte de la lettre :
« Les militants soussignés, condamnés à rester au camp de la Pierre Levée du Fort de l’Île de Yeu, tiennent à préciser, dans la présente déclaration, leur position en face des évènements actuels.

Ils se refusent tout d’abord à considérer que la mesure administrative prise à leur encontre soit considérée comme étant de nature à les séparer de la communauté française. Ils rappellent qu’ils se sont toujours montrés comme des ennemis résolus de l’hitlérisme, dont ils ont dès le début combattu les projets criminels et les agressions contre les peuples libres. Ils sont plus que jamais convaincus qu’une paix durable ne saurait être établie dans le monde, sans la totale destruction de ce fléau moderne.

Ils estiment que cet acte de salubrité internationale nécessite l’union de tous les hommes et de tous les peuples décidés à défendre leur singularité. Au moment où l’intensité de l’agression hitlérienne redouble, où elle étend ses ravages dans les pays voisins de la France et menace notre territoire, ils affirment avec plus de force encore que le peuple des villes et des campagnes, des usines, de l’armée doit être uni devant le péril et le devoir.

C’est pourquoi, les soussignés se déclarent prêts à œuvrer partout où il leur sera possible de le faire pour servir cette unité nationales indispensable. »

Suivent les signatures des dirigeants syndicaux et des députés.

Le gouvernement reste sourd à cet appel des internés. Aussi ces derniers adressent-ils une lettre à Georges Mandel, Ministre de l’Intérieur, le 22 mai où ils se plaignent de n’avoir pas eu de réponse du Président du Conseil

Le 24 mai 1940, au nom des internés du Fort de la Pierre Levée, Julien Racamont et Renaud Jean effectuent une démarche auprès du Commandement du Fort afin de rappeler la teneur de la lettre qu’ils ont adressée au gouvernement.

Le 10 juin 1940, les internés apprennent l’entrée en guerre de l’Italie aux côtés de l’Allemagne contre la France. Ils envoient aussitôt, au nom des 11 signataires, un télégramme à l’adresse du Président du Conseil dont voici le texte :

« Nous demandons instamment la possibilité immédiate de servir la France suivant âge, capacité physique et professionnelle et de partager travail, responsabilités et danger dans une communauté française unie. »

Le Président du Conseil restera toujours sourd ...

Le gouvernement persiste dans sa forfaiture

La France est en danger, envahie par l’ennemi allemand, mais le gouvernement ne daigne même pas répondre à l’appel des internés patriotes, enfermés pour motifs politiques au Fort de la Pierre Levée...

Ils ne sont pourtant encore que de simples détenus, non encore condamnés et par conséquent devant bénéficier des règles de justice qui disent que tout prévenu doit être présumé innocent.

Le gouvernement ne daigne pas répondre à des patriotes honnêtes, de bons pères de famille, honorables, citoyens sans reproches, des députés, des conseillers généraux, des maires, des responsables syndicaux qui conduit au désastre continue à les considérer comme des bandits, des gangsters, des assassins !

Parmi eux trouvent pourtant 199 anciens combattants totalisant à eux tous : 93 Croix de guerre, 27 médailles militaires, 6 Légion d’Honneur et 117 enfants de ces prisonniers communistes se trouvent, au même moment, aux armées.

Pendant ce temps, la situation des 282 internés communistes de l’île d’Yeu se dégrade de façon de plus en plus dramatique. Le député-maire de Nantes, Auguste Pageot, s’émeut de leur état de santé en ces termes :

« ...Les grands invalides de guerre 1914-1918 internés sont dans un état de santé précaire, leur vie en détention est de plus en plus dramatique... »

Il signale en particulier l’état dans lequel se trouve Robert Philippot, député du Lot-et-Garonne, et demande pour lui un réaménagement de ses conditions d’internement. Dans l’enquête qui a suivi autour de l’état de santé de Philippot, le rapport médical est sommaire et conclut que le séjour du dénommé Philippot se déroule à l’île d’Yeu dans des conditions qui semblent favorables !
Ce rapport médical sert justifier l’internement de Philippot qui souffre d’une grave maladie incurable. Il a perdu 12 kilos dans les premières semaines de sa détention.

Dans la même période, d’autres élus de l’île d’Yeu s’adressent au préfet de Vendée, en mai 1940, avec l’objectif, radicalement opposé à celui d’Auguste Pageot, d’obtenir le durcissement des conditions de détention des 282 communistes.

Voici leurs considérations :
« Ces individus, néfastes au pays par leurs agissements antinationaux et leur propagande, ont été envoyés en camp de concentration afin de couper tout contact entre eux et la population du pays où ils séjournent... »

Ces mêmes élus de l’île d’Yeu se retrouveront bientôt aux côtés de Pétain.

Les conditions de détention ne cessent de s’aggraver. Plus d’eau potable. Alimentation de plus en plus précaire, plus de vivres et pas de cantine. Les internés ont cependant obtenu qu’un détenu, sous la haute surveillance de soldats, se charge de la corvée d’eau potable et de ramener des vivres de chez les commerçants de Port-Joinville.

Ces sorties d’un détenu hors du camp sont insupportables aux élus de l’île d’Yeu, lesquels, en revanche, ne semblent pas émus de la tournure que prend la « drôle de guerre », avec la débâcle militaire et l’occupation de Vendée, le 16 juin 1940, par 50 000 soldats allemands !
Ils vont même jusqu’à demander au préfet de Vendée de saisir l’autorité militaire en charge de leur garde : « ...que soit mis fin à toute sortie, même de corvée, de ces indésirables... »

Le Parti communiste continue d’organiser la solidarité autour des femmes et des enfants qui sont sans ressources. Les familles des internés s’adressent sous forme de pétition aux autorités françaises pour demander la libération des internés du Fort de la Pierre Levée, alors que l’île d’Yeu est occupée par les soldats allemands le 04 juillet 1940.

Les 282 internés décident et réussissent deux évasions

Quant à eux, les 282 internés, ils ne restent pas inactifs et le 07 août 1940, ils réussissent à faire s’évader deux d’entre eux : Léonce Legrand, ouvrier chaudronnier à Issy-les-Moulineaux, et Joseph Labaire, ouvrier à Pont-St-Martin. Ils rejoignent le continent par le bateau Insula-Yola. L’évasion est réussie malgré la présence de 156 militaires dont 75 soldats allemands.

Le ministre, secrétaire d’Etat à l’Intérieur, dans le gouvernement de Pétain, aussitôt informé, ordonne en urgence d’activer les recherches, mais la police française et la gestapo sont tenues en échec.

Les deux évadés rejoindront très vite la Résistance qui s’organise contre l’occupant. Cependant, ces deux évasions ont alerté l’occupant allemand et la kommandantur exige une surveillance accrue et rigoureuse. Le commissaire Durand considère qu’il y a lieu de remplacer les militaires français qui assuraient la garde des détenus par un peloton de forces mobiles.
Les 280 détenus restants redoublent d’efforts pour gagner à leur cause, non sans un certain succès, les soldats français qui assurent leur garde.

Le 30 juillet 1940, le préfet de la Vendée s’adresse par courrier à l’ambassadeur de France à Paris, délégué général du gouvernement de Pétain dans les territoires occupés, pour l’informer de la situation qu’il juge préoccupante au sein du Fort de la Pierre Levée.

Voici quelques extraits de sa lettre :

« Depuis l’arrivée des troupes allemandes, la propagande communiste se fait entendre...
Le ravitaillement étant devenu très difficile, l’anarchie règne à un point tel que les 280 internés avaient décidé de s’embarquer et de reprendre leur liberté ...Aussitôt informé de la gravité de cette situation, j’ai envoyé le commissaire spécial, chef de secteur, avec un ordre de mission lui donnant pouvoir de réquisitionner les vivres nécessaires au dépôt de l’île d’Yeu en lui ordonnant expressément de s’opposer au départ des surveillés...
Je l’ai en même temps saisi de la question de l’autorité occupante qui, sur notre insistance, a consenti à donner des ordres nécessaires au commandant militaire de l’île d’Yeu ...
Monsieur Durand, commissaire spécial, s’est parfaitement acquitté de sa mission dans des circonstances tout à fait délicates et il a rencontré l’appui de l’autorité allemande locale ...J’ai, par la même occasion, fait expulser les femmes des internés de l’île d’Yeu, qui avaient réussi à rejoindre leurs maris. »
Elles assuraient en réalité la liaison entre leurs maris et le PCF.

Les internés continuent cependant à renforcer leurs relations avec les soldats français. Cette situation inquiète les autorités françaises, commandant du camp, préfet de Vendée jusqu’à de Brinon, ambassadeur de Pétain à Paris.

Bientôt, les autorités allemandes et la délégation du pouvoir de Pétain à Paris vont être informés de cette situation. Le 14 août 1940, le Feldkommandant et de Brinon, délégué général du gouvernement de Vichy, tiennent une réunion à l’Hôtel Majestic à Paris

Cette réunion se conclut par des décisions qui vont être aussitôt mises en œuvre : le 17 août 1940, la police allemande se rend à l’île d’Yeu. Elle procède à un tri parmi les internés et, le même jour elle conduit en voitures cellulaires 15 internés, députés, conseillers généraux, maires et responsables syndicaux, à la prison de la Santé, à Paris.

En voici la liste :
Jules Auffret, Auguste Béchard, Pierre Braud, Félix Brun, Maurice Chevalier, Pierre Dadot, Jean Duclos, Maurice Gardette, Renaud Jean, Arnaud Laurent, Robert Philippot, Julien Racamont, Henry Raynaud, Daniel Renoult, Auguste Touchard.

En même temps, il est demandé au préfet de la Vendée de prendre des mesures pour remettre entre les mains du gouvernement de Pétain les 265 autres internés du Fort de la Pierre Levée pour les transférer en zone non occupée et sous l’autorité de Vichy.

Les internés sont conduits sous haute surveillance en captivité dans le camp d’internement de Riom-ès-Montagnes (Cantal) en zone libre, non occupée. Au cours de l’année 1940, principalement Riom-ès- Montagnes, trente internés qui étaient passés par le Fort de la Pierre Levée à l’Ile d’Yeu réussissent à s’évader et à rejoindre pour la plupart la résistance.

En voici les noms :
Alexandre Amiable, Georges Bernier, Pierre Becker, Emile Bertrand, Ferdinand Boey, Etienne Boulangeat, Grégoire Courit, Emile Cresson, Ernest Dedobbeler, Raymond Demory, Louis Gazeaux, Venis Gosnat, Henri Graff, Pierre Guny,

Mohamet Hébouche, Paul Jumeaux, Emile Kesteloot, Raymond Labbé, Louis Lecolier, André Marrane, René Sahors, Alain Signor, Ferdinand Mailliet, Jean Pelardy, Jean Ravan, Georges Renaud, Domenico Savattero, René Simonet, Emile Terrier, Ernest Saint-Etienne.

Quant au détachement de garde du Fort de la Pierre Levée qui accompagnait les internés, il se composait de quatre officiers, de dix sous-officiers, de soixante-deux caporaux et des soldats qui, tous, attendaient leur démobilisation.

Mais le gouvernement de Pétain livra 82 d’entre eux aux autorités allemandes qui vont les considérer comme des prisonniers de guerre et les envoyer en captivité dans les camps allemands ! Ils ne reverront la France qu’après la défaite d’Hitler le 08 mai 1945.

Tous les internés de l’Ile d’Yeu connaîtront par la suite leur transfert vers les différents camps et prisons centrales, en premier lieu Aincourt.
Plusieurs détenus furent libérés pour des raisons humanitaires : Félix Brun amputé des deux jambes, Jean Dadot, également grand mutilé, en février et mai 1941. Renaud Jean et Jean en juin 1941.

20 anciens internés de l’Ile d’Yeu seront déportés en Algérie, d’autres fusillés à Châteaubriant : Jules Auffret, Emile David, Maurice Gardette.


Documentation : « Si c’était à refaire ... La résistance en Vendée. Auguste Brunet - Edition ‘ Le temps des cerises ’ »


 
 
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